Nous voterons prochainement sur le fait de soumettre tout accord international « important » au peuple. Alors bien sûr, cette initiative de l’ASIN provient de milieux réactionnaires dont nous combattons les idées, et qui combattent les nôtres. Sans doute a-t-elle été lancée avec des buts non avoués : nous ne sommes pas dupes. Reste qu’un texte doit être analysé pour lui-même.
La quasi-totalité de la classe politique, gauche PS-Verts comprise, rejette cette proposition. Or les raisons évoquées laissent parfois perplexe : augmentation des coûts administratifs, scrutins supplémentaires qui feraient baisser la participation, voire augmentation des frais de campagne pour les partis… On peine, franchement, à être convaincu par ces arguments.
La réalité est plus crue : une partie de la classe politique et des milieux économiques craint que ce renforcement de la participation populaire n’infléchisse la politique dans un sens qui ne leur convient pas. A gauche, l’engagement très important d’Economiesuisse contre l’initiative devrait pourtant faire réfléchir.
D’un point de vue politique, il est par ailleurs problématique de laisser la droite dure réaliser un hold-up sur la démocratie directe ; en appelant à refuser le texte, PS et Verts donnent un mauvais signal. Pourtant, l’extension de la participation populaire a toujours été, et doit rester, au cœur d’un programme de gauche. Y compris lorsque le peuple fait des choix qui ne sont pas les nôtres.
Il en va de même de la question de la souveraineté, désormais taboue à gauche. Est-il donc choquant de s’engager en faveur de celle-ci ? Pourquoi ce qui est bon et souhaitable partout ailleurs deviendrait suspect ici ? Dans l’Union européenne, les Etats ont délégué des pans extrêmement importants de leur souveraineté politique et monétaire à Bruxelles, et nous devrions considérer cela en modèle ? L’autodétermination, c’est à dire la possibilité pour un Etat de légiférer de manière autonome et de battre monnaie, est un concept incontestablement progressiste. Ici aussi, laisse la droite dure s’approprier ce thème constitue une faute politique majeure.
Julien Sansonnens




