Archive for the 'uni' Category

L’uni. transformée en Fac Donald’s ?

nov 29, 2009 in Politique, uni

Aux quatre coins de l’Europe, les étudiants de l’enseignement supérieur manifestent contre la marchandisation de l’éducation. De quoi parle-t-on ? Quelles sont, concrètement, les manifestations de ce processus remettant si profondément en cause notre conception européenne de l’Université ?

Par « marchandisation », il faut comprendre d’abord le processus d’asservissement toujours plus fort de l’académie aux intérêts économiques. Bologne concrétise un processus démarré depuis plusieurs dizaines d’années, et qui consiste à réorienter les budgets des académies vers les disciplines jugées les plus immédiatement rentables. Concrètement, nous assistons aujourd’hui à une forte dégradation des conditions d’étude dans les filières de sciences humaines, sciences sociales, histoire, philosophie, théologie: manque d’encadrement, locaux exigus, professeurs surchargés, parfois même suppressions pure et simple d’enseignements. De plus en plus, l’université est perçue comme une école professionnelle d’élite, devant fournir à l’économie des cerveaux toujours mieux ajustés à la demande. La formation de l’esprit critique, la transmission d’une histoire, la réflexion sont progressivement évacuées.

L’emprise grandissante du privé sur le fonctionnement de l’académie constitue une deuxième facette du processus de marchandisation. Ce qui était encore impensable il y quelques années devient réalité: des chaires sont subventionnées par des multinationales, des bibliothèques sont payées par des fabricants de montres de luxe, des professeurs rétribués par des laboratoires pharmaceutiques. Au delà des prétendues « garanties » apportées, les contenus s’en trouvent directement affectés, l’autonomie du champ scientifique remise en cause.


Enfin, le système Bachelor-Master, remplaçant l’ancienne licence, consacre le développement d’une université à deux vitesses, avec le bachelor pour le plus grande monde, et le Master pour celles et ceux qui peuvent se l’offrir. Ce modèle est une exigence de l’économie: pouvoir bénéficier d’une main d’œuvre très qualifiée, mais formée moins longtemps, donc moins chère. Déjà, des voix s’élèvent pour n’accorder des bourses que jusqu’à la fin du bachelor, et pour augmenter fortement le prix des Master.
Au-delà des revendications immédiates (pas de numerus-clausus, pas de listes de présence aux cours), les étudiants défendent également l’Université européenne telle que nous la connaissons, lieu de savoir universel à vocation humaniste, lieu de débat et de formation de l’esprit critique, lieu de développement de la citoyenneté. Pour cela, ils méritent notre respect et notre solidarité active.

Pour l'enseignement de théories économiques altérnatives!

juin 09, 2009 in Politique, uni

(Proposition de prise de position à la FAE, association des étudiants de l’UNIL)

Le capitalisme financiarisé est en crise. A l’heure des « restructurations » et des « redéploiements d’effectifs », le chômage explose partout et engendre un flot toujours croissant de détresse humaine.

A la crise économique que nous traversons – sans doute pour de longs mois encore – s’ajoute une profonde crise de légitimité du capitalisme. L’effondrement du système financier mondial – sauvé selon le principe libéral de la « privatisation des profits et socialisation des pertes » par l’intervention massive, partout dans le monde, de milliards de fonds publics – s’accompagne de la remise en cause d’un système de croyances irrationnelles fonctionnant comme autant de mythes: mythe de l’autorégulation des marchés, mythe du non-interventionnisme de l’Etat, mythe du progrès par toujours plus de dérégulation du secteur financier, mythe du marché naturel et universel, mythe de la mondialisation capitaliste heureuse et finalement mythe de l’absence d’alternatives (le désormais fameux « TINA » de Margaret Thatcher). Le projet néolibéral, tel qu’imposé dès les années 70 dans le cadre de l’impérialisme économique et culturel américain, a fait la preuve de son échec. Le dogme libéral, hier encore inattaquable, s’est brisé, rouvrant la possibilité d’une réflexion rationnelle et raisonnée sur l’économie et le social.

La crise économique, sociale, écologique, énergétique, climatique et alimentaire que traverse le monde s’accompagne d’une crise idéologique. Or le néolibéralisme ne tombe pas du ciel. Il ne s’est pas imposé au monde de manière naturelle et inéluctable, ni par le truchement de quelques mains invisibles. Le néolibéralisme s’est imposé comme projet politique à la suite d’un long travail intellectuel et militant, entamé notamment dès la fin des années 1940 par Friedrich Hayek, Milton Friedman et d’autres économistes de l’université de Chicago. Testé – dans les conditions que nous savons – au sein du laboratoire qu’a été le régime dictatorial de Pinochet (première application historique des préceptes néolibéraux), il a ensuite été exporté aux quatre coins du monde.

Dès ses débuts, l’idéologie néolibérale a su se draper des oripeaux de la science économique pour asseoir sa légitimité. L’Université de Chicago, puis tant d’autres à sa suite, a largement participé au développement, puis à la propagation de la nouvelle religion économique officielle. En cette période de crise, à l’heure où la pensée unique néolibérale a conduit le monde dans l’abîme, il importe que des modèles économiques alternatifs soient développés et enseignés dans les universités. L’urgence sociale comme écologique impose que des concepts nouveaux soient développés en science économique, avant d’être discutés et expérimentés. A l’Université de Lausanne, il n’existe à ce jour aucune chaire d’économie « alternative » (Ce qui ne signifie pas, bien évidement, que les enseignements proposés ne portent jamais un regard critique sur la théorie économique orthodoxe).
La FAE demande la création de chaires en économie sociale et solidaire (ESS, tiers secteur) dans les Facultés des HEC et des SSP, avec la possibilité, notamment pour les étudiant-e-s de Lettres, Droit ou Géoscience et environnement, d’y suivre des enseignements « crédités ».

On peut définir l’ESS de cette manière: “ L’économie sociale et solidaire désigne un ensemble d’initiatives économiques à finalité sociale qui participent à la construction d’une nouvelle façon de vivre et de penser l’économie à travers des dizaines de milliers de projets dans les pays du Nord comme du Sud. Elle place la personne humaine au centre du développement économique et social. La solidarité en économie repose sur un projet tout à la fois économique, politique et social, qui entraîne une nouvelle manière de faire de la politique et d’établir les relations humaines sur la base du consensus et de l’agir citoyen”.
(2e rencontre internationale sur la globalisation de la solidarité, Québec, 2001)

Elections à la FAE: L'Alternative étudiante en course!

avr 20, 2009 in Politique, uni


Du 27 au 10 mai 2009, les étudiant-e-s de l’Université de Lausanne élisent leurs représentant-e-s à la FAE (organe de représentation des étudiant-e-s).

Pour la deuxième année consécutive, l’Alternative étudiante présente une liste.

Nos revendications et propositions:

- Agir contre la précarisation des conditions d’étude
- L’éducation est un droit pour tous: vers la gratuité des études!
- Pour une université écologique: économies de papier, d’électricité, etc.
- Préserver les sciences humaines et sociales de la privatisation et des logiques du marché
- Pas de hausse des prix alimentaires sur le dos des étudiants, mais compensation par une subvention publique
- Pour une FAE plus critique, indépendante et transparente
- Pour la défense de la liberté académique
- Pour une harmonisation intercantonale des bourses
- Pour le développement des activités politiques, culturelles et sociales sur le campus.

Les candidat-e-s de l’Alternative étudiante:

1. Julien Sansonnens, SSP
2. Jean-Baptiste Blanc, Lettres
3. Lisa Jaccoud, GSE
4. Johann Tutumlu, SSP
5. Mirjam Grob, Lettres
6. Alexandre Dafflon, SSP
7. Julien Longchamp, Lettres
8. Florian Kissling, Lettres
9. Sarah Frund, SSP
10. Damien Wirths, IDHEAP

Vous avez une question ou une proposition ? Contactez le responsable de la liste à:
jean-baptiste.blanc (AT) unil.ch

Aucun siège à la droite ! Votez la liste de l’Alternative étudiante! Engagés à gauche!

UNIL: soutien à la CAP !

déc 05, 2008 in uni

En sursis depuis toujours, la CAP est à nouveau attaquée. La CAP ?
Cafeteria
autogerée permanente, lieu de rencontre, de repas et d’expos quasi-mythique
de l’Université de Lausanne. La CAP, c’est un espace de liberté
et
d’expérimentation au coeur de l’académie, c’est aussi la
preuve qu’un lieu
autogéré, sans salariés, sans permanents, avec une structure
formelle
réduite peut fonctionner; ça fait 20 ans que ça dure. A midi, des
repas sont
organisés par diverses associations, pour un prix modique, rarement plus
d’une thune: une alternative au quasi-monopole détenu par Nino. Mais la CAP,
c’est pas uniquement la possibilité d’un repas chaud à prix
correct: c’est
une certaine philosophie, c’est la participation plutôt que la consommation,
c’est l’autogestion expérimentée au quotidien. On y trouve aussi
une
multitudes d’infos « alternatives »: véganisme,
antiracisme, squats, défense
des sans-papiers, … : un lieu de débat et de culture, par et pour les
étudiants, aussi nécessaire que précieux.

Aujourd’hui, l’intendance du bâtiment souhaite procéder à
des travaux visant
à fermer les espaces ouverts de la CAP. Motif ? Les odeurs de cuisine
seraient incommodantes! Pour qui connaît les lieux, cela laisse songeur: la
CAP est en effet située exactement au-dessus de la caféteria! De toute
évidence, tous les prétextes sont bons à prendre pour fermer ce
lieu… Une
pétition demandant l’arrêt de la construction du mur autour de la CAP
et la
convocation d’une réunion entre le comité et l’intendance
circule. Une bonne
occasion de venir faire un détour par Dorigny…

Des étudiants plus égaux que les autres

mai 05, 2008 in Politique, uni

On connaissait le salaire au mérite, ce redoutable outil de destruction des solidarités entre travailleurs. On savait que les primes auto étaient elles aussi calculées au mérite, pardon à la nationalité. Nul n’ignore que l’initiative UDC en faveur des naturalisations par les urnes introduira le passeport au mérite. Et dans quelques années, lorsque la technique sera au point, ce sera l’assurance maladie que l’on payera au mérite, en fonction des probabilités génétiques d’être atteint de telle ou telle pathologie.

Dernier avatar de cette idéologie néolibérale de la « responsabilité individuelle », la proposition il y a quelques jours d’économiesuisse d’introduire des bourses d’étude au mérite. La réussite scolaire s’expliquant avant tout par le milieu socio-économique des parents – la classe sociale – (on relira « Les héritiers » de Bourdieu), cette proposition s’attaque frontalement à la très timide démocratisation des études observée en Suisse. Aveuglée par son élitisme, méprisant l’égalité des chances, la droite souhaite favoriser les favorisés, quand bien même ceux qui échouent – ceux à qui une telle bourse serait refusée – n’ont souvent pas réussi, car trop occupés à travailler pour financer leurs études.

A l’heure où les fossoyeurs de mai 68 s’activent à réinterpréter cette période de contestation sociale – ne retenant que le sociétal pour mieux évacuer le politique – ce n’est pas le dernier des mérites d’économiesuisse de rappeler à la population toute l’actualité de la lutte des classes, en Suisse comme ailleurs.