considérations sur l'amour

Jeudi, novembre 16th, 2006 @ 20:08 | divers

L’âme soeur n’existe pas, et accepter ce fait serait un grand pas vers moins de souffrances et de frustrations.

Nous vivons , et aimons, avec un certain nombre de représentations de l’amour, culturellement et historiquement définies. L’amour tel que nous le percevons ici n’est pas le même que l’amour chez les Papous de Nouvelle-Guinée ou les esquimaux du Groenland. De même, le sentiment amoureux, en dehors de sa dimension psychologique et individuelle, est le résultat d’un processus historique: nous n’exprimons pas notre amour de la même manière aujourd’hui qu’au moyen-âge, de même que sans doute ne représente-il pas « la même chose ». Comment se représenter le sentiment amoureux, foncièrement individualisant, dans une société féodale où l’individu n’était pas même pensable? De même que le fait de pouvoir penser l’individu comme libre de posséder son corps (son esprit, son temps) n’allait pas de soi (le serf appartenait à son seigneur; l’esclave était la chose de son maître et n’existait pas en tant qu’individu: il n’avait d’ailleurs pas de nom de famille, mais uniquement un prénom), de même on pourrait retracer une genèse de l’amour passionnel et romanesque, tel qu’on le conçoit aujourd’hui dans nos sociétés. Il faudrait alors sans doute passer par un certain nombre d’étapes marquantes, du développement de l’individualisme illustré par les premiers penseurs libéraux aux représentations apportées par le romantisme, en passant par le théâtre de Shakespeare et ses figures mythiques.

Comme chaque époque, la nôtre s’accompagne d’un certain nombre de croyances et de représentations, collectivement partagées, qui forment une vision du monde. Parmi cette vision du monde se trouvent les représentations sociales de l’amour et ses figures: coup de foudre, âme soeur, prince charmant… Ces images qui font partie de notre culture commune sont à mon sens dangereuses et sources de malheur, et si s’en affranchir n’est pas possible, au moins faut-il avoir en tête qu’elles existent et déterminent en bonne partie nos pratiques et nos conceptions de ce qu’est – ou devrait être – l’amour.

L’idée d’âme soeur, aussi romantique et rassurante soit-elle, ne risque-t-elle pas de nous faire passer à coté d’autant de partenaires possibles ? Car, une fois encore, les âmes soeurs n’existent pas; ce qui existe c’est l’amour entre deux personnes, aussi fort, noble, sincère et magique soit-il.

Cet amour, d’où vient-il ? Allons-nous vraiment croire qu’un ange gardien a placé sur notre route notre « âme soeur » ? Mais alors, à suivre ce raisonnement, à quoi bon continuer à le chercher, puisque Dieu (ou un ange, ou le « destin ») se charge de le mettre sur notre route ! Quelle paradoxe que ces gens, filles comme garçons qui passent leur temps à chercher leur âme soeur!! L’âme soeur n’est qu’une personne, parmi des milliards d’autres, que le hasard, et absolument rien d’autre que le hasard, a « placé » sur notre voie.
Imaginons la situation suivante: Je suis né en Suisse, et voilà que je tombe amoureux de Sophie, une charmante fille qui travaille dans le même immeuble que moi. Serais-je né à Honolulu, me viendrait-il à l’idée de penser que mon « âme soeur » habite en Suisse, moi qui ne suis jamais parti de mon pays ?
Si on accepte que seul le hasard nous a « distribué » à la naissance sur cette Terre, alors l’idée d’une âme soeur prédestinée doit être rejetée.
Que l’on me comprenne bien: dire qu’il n’existe pas d’âme soeur, cela ne veut pas dire que l’amour soit moins beau, moins vrai ou moins fort. Cela veut dire que l’amour que je ressens pour X, j’aurais tout aussi bien pu le ressentir pour Y, si le hasard en avait fait ainsi. Et que l’amour que je ressens pour Y n’est jamais qu’un amour inscrit dans une certaine durée, même si cette durée devait être l’entier d’une vie (la question de savoir si l’amour, ou la passion, peuvent durer toute une vie est un autre problème, et l’imprécision de mon usage de ces termes dans ce billet empêche de toute manière d’y réfléchir sérieusement, donc laissons de coté ce problème). De même qu’il n’existe pas d’âme soeur, de même il n’existe pas d’amour dont on soit assuré qu’il dure. Aimer Y aujourd’hui n’interdit pas qu’à la suite d’une rupture (ou pas, mais c’est encore une autre question), il soit possible d’aimer Z de la même manière; X Y et Z, n’en déplaise aux fleurs bleues et aux personnes particulièrement attachées aux représentations mythifiées de l’amour, ne sont pas des individus plus « spéciaux » que les autres: ils concrétisent la rencontre de deux individus en un lieu et à un certain moment de leur parcours de vie.

Notre âme soeur n’est jamais que celle que nous considérons comme telle.

5 Responses to “considérations sur l'amour”

  1. Ruth Says:

    Non l’âme soeur n’existe pas. Si on vit une relation dans le fantasme de l’âme soeur il risque d’y avoir très rapidement de la casse! Un couple qui dure c’est un couple qui sait évoluer vers des valeurs moins romantiques de respect de l’autre, confiance et liberté. Il y a aussi des pathologies à deux dans la codépendance qui tiennent dur comme fer, mais ça c’est autre chose! Étonnant de constater que les époques où l’on a le moins d’attentes romantiques de son conjoint font les couples les plus stables!
    Non, impossible de s’assurer qu’un amour va durer car chacun ainsi que les circonstances vont changer. Mais pourquoi considérer comme échec un amour qui dure 5 ans? N’est-ce pas là un merveilleux cadeau de la vie? Et même si on se sépare, ne devrions-nous pas garder amitié et respect pour celui/celle qui nous a fait ce cadeau de 5 ans de bonheur?

  2. elo Says:

    Je ne suis pas très d’accord. Je pense avoir rencontré mon âme soeur, mais je ne sais pas si la personne me sera destinée sur cette terre. Quand je lui ai avoué mes sentiments que je reniais, cela a été un choc profond. En effet, d’abord déboussolé, j’ai réussi à comprendre que son refus, n’avait pas d’importance. Je ne savais pas que l’amour pouvait être cela car j’idolâtrais. Aujourd’hui, j’ai toujours des envies, mais elles me font rire!
    Je ne l’importunerai pas mais j’aurai toujours une pensée vers lui pour l’aider.
    Je n’ai pas voulu le voir, mais quand je l’ai rencontré, je le connaissais.Pas, comme on se souvient d’un visage. Je le connaissais, point. Je ne sais pas ce que lui ressent mais ce n’est pas important. Bien sur j’ai envie de le savoir, mais j’ai « entrevu » que ça n’était vraiment pas important.
    Je veux juste qu’il soit bien, et c’est vrai, que j’ai le doux espoir du manque.
    Il a ouvert mon esprit, lui, qui est si faible et ignorant. Je ressens une grande reconnaissance, mais, plus de l’envie, ni de l’orgueil. Je ne le harcellerai pas car je ne veux pas lui faire peur, mais, je sais que la joie profonde que j’ai ressenti quand il m’a rejeté, a tout bouleversé. Comment ressentir un tel bonheur? Quand je parle de joie, c’est un mot faible. Ce bonheur, je l’ai toujours ressenti en sa présence mais je l’ai renié, par moralité. J’étais dans l’erreur. Je suis si reconnaissante!
    J’espère qu’il ne ressent pas au fond de lui la même chose car il serait bien malheureux au fond de lui! Et je le veux heureux.
    Ce que je sais, c’est que si son âme s’ouvrait à moi, je pourrai grandir plus vite. Mais personne ne m’appartient. Je refuse de lui faire peur, mais je sais pouvoir le rendre très heureux.
    La vérité est que je le suis souhaite un bien immense et que je souhaite autant de bon aux autres. Je veux vivre à travers cela. La révélation de l’ignorance que cette personne a crée chez moi est sans pareille. Il m’a permit de revivre mes faiblesses et voir la vérité en face. Un peu comme le fil déroulant qu’on imagine, un pied dans la tombe. Je n’avais jamais ressenti une joie et une peine aussi intenses mêlées. Elle m’a ouvert la conscience.
    Croyez en votre âme sœur. Ne la voulez pas. Mais sachez qu’elle existe pour tous, nous, qui sommes bien misérables. Ne croyez pas en dieu si ça vous chante, mais ne vous coupez pas de toute spiritualité, car cela ne mène à rien. J’étais devenue cartésienne mais je dois dire que je me trompais. Je sais que ceux qui ne croient pas en cela se disent « mais je ne peux renoncer à rien de matériel car c’est la source de tous mes plaisirs ». La vérité est pourtant en vous, et ce que vous imaginez être un renoncement stupide, est en fait, le panard, le plus complet. Car le bonheur est le grand frère du plaisir.

  3. Magali Says:

    L’amour… quel vaste et beau sujet! mon préféré! je pourrais en faire un blog…

    je ne suis pas du tout conformiste… je pense que nous avons plusieurs « âme soeur »!

    « ame soeur » est pour moi des personnes qui sont compatibles… (indépendament du sexe) et qui tombe soit en amour, soit en amitié.

    ceci dit, je suis totalement d’accord avec ton texte.

  4. Rachel Says:

    Je viens de tomber tout à fait « par hasard » (mais en douceur!) sur ce billet de ton blog auquel je souhaite réagir. Personnellement je pense, tout comme Magali, que nous avons plusieurs âmes soeurs et qu’effectivement il ne s’agit pas forcèment de personnes dont on va tomber amoureux. Et à l’inverse, je pense qu’on peut tout à fait s’éprendre d’une personne qui n’est pas une de nos âmes soeurs.

    Je ne suis pas persuadée que l’amour dépende d’un certain nombre de croyances et de représentations. L’idée qu’on se fait de l’amour, la description qu’on pourrait en faire en employant des mots je veux bien. Mais l’Amour, sentiment inexprimable qui vibre en nous (pour autant que nous soyons capable de le laisser entrer) ne dépend, à mon avis, d’aucune époque, ni d’aucune mode.

    Pour moi la notion d’âme(s) soeur(s) n’a rien de romantique, c’est juste une vérité. C’est ce que nous, les hommes, en avons fait qui est devenu « romantique » parce que nous l’avons associé au grand amour.

    Est-ce que je crois qu’un ange gardien (ou le destin, qu’importe le terme) a placé mon ou mes âme(s) soeur(s) sur ma route? Oui dans la mesure où elle(s) a (ont) un rôle à jouer dans ma vie actuelle. Mais il n’en demeure pas moins que nous sommes parfaitement libres de prendre la route qu’il nous indique ou d’en choisir une autre. Tout comme nous pouvons décider de nous arrêter sur la ou les âme(s) soeur(s) en question ou de les laisser passer.

    Quant au hasard, je sais qu’il n’existe pas. Mais c’est certainement plus facile à intégrer que l’idée du destin. C’est pratique le hasard, ils nous donne une bonne excuse lorsque quelque chose va de travers! On ne fait pas toujours les bons choix, on se trompe parfois (ou souvent!) de route mais le hasard n’y est pour rien. Prenons nos responsabilité (mais ça c’est un autre sujet!).

    Et pour en revenir à l’amour je suis d’accord avec ta conclusion. Je pense aussi que c’est un sentiment qui relie deux personnes à un moment donné de leur parcours de vie. Et j’ajouterai que quelque soit la durée de ce sentiment, il faut le prendre comme une merveilleuse expérience… de plus!

    Finalement, au delà des mots et des théories, l’amour (quel qu’il soit) est le plus merveilleux des sentiments et c’est notre plus grande force.

  5. amour au tel Says:

    Et l’amour au telephone quelqu’un a déjà testé ? Très excitant pour pimenter une vie de couple…

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