De l'antiterrorisme comme mode de gouvernement.

Samedi, janvier 24th, 2009 @ 09:01 | Politique


Dans l’une des mises en scène médiatique qu’affectionne l’Etat sarkozien, la police est intervenue – précédée des cameras – le 11 novembre à Tarnac pour arrêter neuf personnes. Leur tort ? Vivre en communauté, manifester, posséder certains livres ou encore ne pas avoir de téléphone portable (!) Depuis lors, le dossier d’accusation a fondu comme neige au soleil: tous les « terroristes » ont été progressivement relâchés, à l’exception de Julien Coupat, sur fond d’absence de preuves.

Terrorisme. Comme de bien entendu, c’est au nom de la lutte contre le terrorisme que l’opération policière a été menée. Ce sont de vieilles ficelles, formidablement ravivées par le 11 septembre: criminaliser la contestation politique, fabriquer des ennemis intérieurs (la désormais fameuse « ultra-gauche »), créer de toute pièce des terroristes, barbus de préférence. Le gouvernement par la peur.

Car l’antiterrorisme n’a désormais plus qu’un lointain rapport avec la protection des populations: instrumentalisé par des régimes réactionnaires, il est devenu un véritable mode de gouvernement, un formidable arsenal judiciaire et policier de contrôle social, une réponse pénale à la contestation de l’ordre établi. Bush nous avait prévenu: la guerre contre le terrorisme sera sans fin.
Reste que ceux qui se frottent les mains, ce sont les vrais terroristes: à qualifier ainsi ce qui relève ici du sabotage, là d’actes de malveillance (certes répréhensibles), on banalise, on fragilise la lutte contre les véritables terrorismes.

L’antiterrorisme et l’état d’exception permanent constituent aujourd’hui des menaces sérieuses pesant sur la démocratie et l’Etat de droit. Voilà les anticapitalistes, les écologistes radicaux, les altermondialistes prévenus.

Opinion publiée dans Gauchebdo, No. 4

PS. Peut-être n’est-il pas hors sujet de rappeler que sous l’occupation allemande, les résistants étaient (déjà) considérés comme terroristes…

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