Il y a 6 ans, le G8 à Gênes

Attention, certaines images contenues dans cet article peuvent choquer.

Il y a 6 ans presque jour pour jour se tenait à Gênes le sommet du G8, réunissant les 8 pays les plus industrialisés de la planète. Repliés derrière des barbelés, reclus et protégé de la population par la police et l’armée, nos dirigeants décidaient de l’avenir de la planète et du déroulement des affaires hors de tout regard citoyen.

Ce sommet a donné lieu a de très importantes manifestations, réprimées avec une sauvagerie inouïe par les carabiniers italiens. Si le paroxysme de l’horreur a été atteint par le meurtre d’un manifestant, de très nombreuses autres exactions ont été commises par les forces de l’ « ordre » italiennes.

Ces faits d’une extrême gravité se sont déroulés dans un pays civilisé et démocratique, au début du XXIème siècle. Six ans plus tard, personne n’en parle plus. Nous n’avons pas le droit d’oublier ce qui s’est passé à Gênes en juillet 2001.

Retour sur quelques faits

Dans les rues de Gênes, du 20 au 22 juillet 2001 se sont retrouvés 200’000 hommes, femmes et adolescents venus du monde entier et appartenant à plus de 800 mouvements populaires, syndicats, Eglises, associations et ONG. En réponse au G8, des théâtres de rue, concerts, expositions open-air ont été organisés; toutes ces activités se développant sous le label « Genoa Social Forum ». Ces rassemblements était autorisés par la police.

Des échauffourées ont eu lieu le samedi après-midi 21 juillet quand une manifestation a été infiltrés par de pseudos-casseurs (en réalité des policiers, lesquels ont reconnu avoir fabriqué de toutes pièces des émeutes afin de pouvoir réprimer les manifestations). A 17h30, un carabinier abattit d’un tir dans la tête le jeune manifestant Carlo Giuliani, étudiant en histoire de 20 ans. Il mourut quelques instants plus tard, alors que la jeep de la police lui roulait plusieurs fois sur le corps. [d'autres photos du meurtre de Carlo sont disponibles ici]



Carlo Giuliani


Carlo Giuliani, quelques secondes avant sa mort. On aperçoit le pistolet du carabinier pointé contre lui

A ce jour, toutes les charges contre Mario Placanica, le carabinier qui a ouvert le feu, ont été abandonnées: une enquête a relevé que la balle ayant tué Marco avait été dévié dans sa course par le jet d’une pierre.

Mais il ne s’agit nullement d’un acte isolé. La nuit-même, sur ordre du ministre de l’intérieur de Berlusconi, les commandos de la police spéciale attaquèrent l’école Diaz, siège du Forum Social, et lieu d’hébergement de beaucoup de manifestants et manifestantes. Cette opération spéciale, véritable boucherie, aboutira à la dévastation des locaux et au passage à tabac de nombreux altermondialistes. La plupart d’entre eux furent arrêtés, sévérement battus et insultés. Beaucoup furent amenés à la caserne de Bolzaneto. Là, certains furent jetés à terre et piétinés par les carabiniers. D’autres, à genoux, devaient chanter ce refrain sous peine d’un redoublement des coups:

Une, due, tre
Viva Pinochet!
Quatro, cinque, sei
A morte gli Ebreï
Sette, Otto, nove
Il negretto non comuove !

(Un deux trois, vive Pinochet ! / Quatre, cinq, six, mort au juifs / sept huit neuf, à-bas les nègres !).
Exactions rapportées par des manifestants espagnols dans La Vanguarda, Barcelone, 31 juillet 2001

Les détenus français étaient nombreux, appartenant principalement aux mouvements ATTAC, greenpeace, Terre des Hommes, Amnesty international. Dans une cellule, un homme fut fouetté, les mains entravées par des menottes qui bloquaient sa circulation sanguine. Il a rapporté les paroles suivantes de son tortionnaire: « Tu es une merde française. Tu as frappé Gênes, je veux que tu souffres. » (propos rapportés dans Libération, 27 juillet 2001)
D’autres jeunes filles de l’Université de Paris-Jussieu furent mattraquées dans la rue. Blessées, elles furent évacuées en ambulance vers l’hôpital. Là, elles furent interrogées par des carabiniers. Souffrant de douleurs intenses, l’une des jeunes filles demanda des soins. Le médecin répondit à l’infirmière: « elle ne recevra pas de soins tant qu’elle ne verra pas double, ne vomira pas et ne se traînera pas sur le sol. » (Libération, 27 juillet 2001)

Un jeune homme du même groupe raconte: « on m’a conduit dans un bâtiment comportant quatre cellules, où des jeunes étaient alignés contre le mur. Dans la dernière, une quinzaine de personnes, le front et les mains sur le mur, les pieds reculés, en équilibre, avec interdiction de bouger. Je suis resté dans cette position pendant quatre ou cinq heures. Nous nous faisions frapper régulièrement sur les plaies, de façon à ne pas ajouter de traces à celles constatées à l’hôpital. Ils nous cognaient la tête contre le mur, je voyais mon sang dégouliner. J’ai demandé un avocat: je n’ai reçu que plus de coups. »

Sous couvert d’anonymat, un policier écoeuré ayant assisté aux sevices confiera « je sens encore l’odeur des excréments des personnes arrêtées auxquelles on interdisait d’aller aux toilettes. »



A la sortie de l’école de Diaz

Un manifestant

Après le raid à l’école Diaz


Un report plus complet sur le raid de l’école Diaz est disponible ici, en vidéo. Un témoignage de Mark Covell, victime du raid sur l’école Diaz

Ces faits sont révélateurs de notre temps. Rappelons, avec force et conviction, que manifester ses idées est un droit inaliénable.

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Une réponse à Il y a 6 ans, le G8 à Gênes

  1. IMC Liguria dit :

    Regarde ici:

    http://www.dissent.fr/node/16
    http://www.genes2008.org/spip.php?article9

    [2001-2008] appel pour venir encore à Gênes

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