La guerre du 111 n'a pas eu lieu

Ca allait être génial. Les ayatollahs de la main invisible nous l’assuraient: le service allait être meilleur, et les prix baisseraient de manière spectaculaire. La très sainte loi du marché allait enfin remettre de l’ordre dans ce résidus des PTT-collectivistes qu’était le service des renseignements téléphoniques (feu le 111). Et surtout, le client allait enfin avoir le libre choix… Un souffle nouveau allait souffler dans la cornette: s’en était fini des chaînes qui nous liaient au 111 ! Liberté, j’écris ton nom !!
Et là, un an plus tard, rien.
Comme nous l’apprend « 20 minutes » d’aujourd’hui, les baisses de prix sont aux abonnées absentes. On a privatisé, on a libéralisé, on se réjouissait… Ils sont désormais 17 à nous proposer le même service… Et rien. « Le marché des renseignements téléphoniques n’a pas répondu à toutes les promesses », écrit sobrement l’ATS.
Remarquez, on peut s’estimer plutôt chanceux: les tarifs n’ont pas pris l’ascenseur. C’est pourtant ce qui se passe souvent lorsqu’un service public est privatisé. Le service est moins bon, les conditions de travail du personnel se sont détériorées (quand les emplois n’ont pas été simplement délocalisés, notamment en Afrique du nord), mais au moins on ne paye pas (encore) plus cher. Et puis, si la concurrence ne profite pas au consommateur, elle n’est pas perdue pour tout le monde. Les agences de pub et les vendeurs d’espace publicitaire ne s’en plaignent sans doute pas.
Les entreprises françaises connaissent bien les effets prétendument extraordinaires des privatisations: depuis la libéralisation d’EDF, les prix ont augmenté de 48%. Héé oui Msieurs dames, avec des actionnaires qui exigent une rentabilité jusqu’à 15%, va falloir faire un effort !
Il en va de même pour les autoroutes privatisées: les prix augmentent. Quant au gaz (GDF), il n’y a pas que les salaires des dirigeants qui prendront l’ascenseur: la facture sera salée pour le consommateur.
Le lien entre libéralisation et hausse des prix n’est plus à démontrer: les données empiriques s’accumulent, partout dans le monde. En cause: la rentabilité maximale à court terme exigée par les actionnaires. Cela pénalise les consommateurs, détruit de l’emploi et aboutit à des sous-investissements massifs dans les infrastructures, comme l’illustre de manière dramatique l’exemple bien connu de la privatisation du rail anglais, ou les coupures d’électricité monstres qu’à connu la Californie. Les conséquences ont été telles que la Californie pense maintenant à renationaliser son électricité!
L’idéologie libérale, intéressée, n’est que de la poudre aux yeux. NON aux privatisations et au hold-up sur les services publics ! Contre l’intérêt de quelques uns, défendons le bien commun: il en va d’une exigence démocratique, mais également de la simple rationalité économique.
décembre 28th, 2007 at 14:30
Bonjour,
Le marché des télécoms est un excellent exemple de l’effet positif des libéralisations; votre président cantonal en sait quelque chose d’ailleurs! Voir également un état des lieux de Comparis sur ce sujet: http://www.presseportal.ch/fr/pm/100003671/100550749
Quant au 111, « 20 Minutes » que vous citez propose également un sondage sur le défunt 111, seul 2% des gens appellent les renseignements pour trouver un numéro. A l’heure d’Internet qui appelle encore les renseignements? Mais il est clair que c’est un excellent domaine pour nous faire croire que dans tous les domaines les libéralisations sont de toute façon négatives.
décembre 28th, 2007 at 15:22
Bonjour le scal,
Dans le domaine des télécom, les baisses de prix réelles de ces dernières années sont moins à mettre sur le compte de la libéralisation que des formidables évolutions technologiques.
Vous savez mieux que moi qu’il coûte plus cher de faire passer une communication par un câble sous-marin qui en supporte 50 (au temps du monopole) que par une dizaine de satellites qui peuvent en fournir des milliers (millions?) en même temps.
Quant à la position de mon président, vous avez bien raison de la rappeler. Je ne suis évidement pas d’accord avec lui sur cette question, mais elle a un mérite: elle rappelle que le POP est un rassemblement de gens qui ne sont pas forcément d’accord sur tout! Imaginez les réactions de certains lorsqu’un théologie est devenu secrétaire du parti… Pour ma part, je suis heureux de militer dans un parti ouvert, au sein duquel les positions peuvent être débattues.
décembre 28th, 2007 at 15:31
Lol. Quand il n’y a pas baisse de prix c’est à cause des libéralisations et quand il y en a c’est pour d’autres raisons
Mais vous avez tout à fait raison de vous battre pour ce qui vous semble juste. Même si il s’agit d’un combat d’arrière garde et depuis longtemps perdu.
décembre 28th, 2007 at 15:41
Oh.. les seuls combats perdus sont les combats qui ne sont pas menés, dit-on…
Mais vous avez raison: le contexte n’est pas favorable aux idées que nous défendons, même si sur le long terme, je ne serais pas aussi catégorique. Je prépare en ce moment-même un examen sur l’Etat social: c’est tout à fait passionnant d’étudier les débats idéologiques autour de sa mise en place, les allers-retour…
libéralisme triomphant au 19ème… nationalisations et généralisation de la sécurité sociale en 1946 (par ce gauchiste de De Gaule), retour de bâton néolibéral depuis 30 ans…
décembre 28th, 2007 at 16:12
je vous signale cher Julien que le bon en avant technologique des télécom est venu depuis la libéralisation, c’est la concurrence qui pousse les opérateurs et les fabricants des technologies à vouloir être le meilleur sur le marché. En quinze ans on est passé de l’âge de pierre au 21ème siècle. Pourquoi croyez-vous que les USA sont souvent les premiers en matière d’innovation technologique et de brevet ?, car là-bas les universités sont autonomes et collaborent étroitement avec les entreprises privées, ce que les étudiants français n’ont pas compris en manifestant et en bloquant les facs.
D.J
décembre 28th, 2007 at 16:46
DJ, vous mélangez deux choses qui n’ont strictement rien à voir. A vous lire, on a l’impression que les développements techniques ont commencé en 1998, date de la libéralisation des telecom en Suisse. Vous semblez affirmer que s’il n’existait pas d’ADSL ni de iPhone à l’époque des PTT, c’est parcequ’ils étaient en main publiques.. Ca n’est simplement pas sérieux. Les sciences et techniques n’ont pas attendu les financements privés pour se développer, merci pour elles ! Qui a envoyé des hommes sur la lune: une entreprise privée ? Que la concurrence soit un moteur d’émulation, je ne le conteste certainement pas. Je remarque simplement que dans le domaine des telecom comme ailleurs (assurance maladie), les miracles que les néolibéraux attendaient de la concurrence, aveuglés par leurs ornières idéologiques, ne sont pas arrivés.
décembre 28th, 2007 at 17:37
je n’ai jamais dit que la technologie n’a pas progressé à l’époque des PTT, seulement cela ne s’est pas fait de la même vitesse. C’est depuis la libéralisation que tout a été plus vite que ça n’a été le cas à l’époque des monopoles. Quand aux hommes qui sont allés sur la lune, je vous informe que la Nasa a toujours soustraité avec des firmes privées telles que Lookeed et Boeing. Toujours est-il que dans les domaines de la télécommunication la libéralisation est restée très réglementée par l’état, c’est elle qui délivre les licences et qui décrête le nombre d’opérateurs présents sur le marché. Quant à l’assurance-maladie en Suisse c’est une concurrence également très réglementée, un peu comme si les supers marchés pouvaient se faire concurrence à la condition de vendre les mêmes produits au même prix.
Dans le bâtiment où la concurrence est quasi totale, les prix sont bas, les investissements à la construction pleuvent, il y a du travail pour tout le monde.
D.J
décembre 28th, 2007 at 17:43
et prétendre que la libéralisation des télécoms n’a pas réussi dénote chez vous d’une mauvaise foi, mais bon on a l’habitude avec les marxistes. Si vous n’êtiez pas de mauvaise foi cela ferait longtemps que vous auriez changé de bord.
D.J
décembre 28th, 2007 at 17:50
C’est assez terrible de voir la mauvaise foi de certains. Le prix des communications en Suisse ont été divisés par 10 voir plus. Et c’est toujours le bon vieux fil de cuivre qui est utilisé! On parle bien ici du prix pour téléphoner, rien à voir avec l’iPhone ou l’ADSL ou les évolutions technologiques. Et pour le prix des communications en Suisse rien à voir non plus avec des câbles sous-marins…
Se battre ainsi contre le pouvoir d’achat des citoyens de ce pays par simple idéologie politique est bien triste.
décembre 28th, 2007 at 18:04
Amusant… pour certains c’est la mauvaise foi qui est forcément de gauche, pour d’autres c’est la gauche qui est forcément « idéologique ».. Mais bref, nous n’allons pas nous mettre d’accord.
Quant à la question du pouvoir d’achat le Scal, croyez bien que je m’en soucie! Qui dit pouvoir d’achat dit répartition des fruits de la croissance – forte – que connaît la Suisse aujourd’hui.
Qui dit pouvoir d’achat dit aussi pouvoir d’achat des travailleurs les plus précaires. Trouvez-vous par exemple normal que le contribuable suisse doive subventionner les salaires des working-poors, parceque ceux-ci sont tellement bas qu’ils ne peuvent pas même en vivre ? Je me réjouis que vous souteniez la proposition du POP en faveur d’un salaire minimum légal. Voilà une mesure en faveur du pouvoir d’achat et de la consommation, donc de la croissance.
décembre 28th, 2007 at 18:17
Il ne faut pas tout mélanger. On parle bien de l’effet de la libéralisation dans les télécoms, vous tentez de prouver que la libéralisation n’a pas eu d’effet sur les prix et c’est 100% faux et je suis persuadé que vous le savez. Simplement vous défendez aveuglément votre idéal politique. Et en agissant ainsi, dans le domaine des télécoms vous agissez clairement contre le pouvoir d’achat des citoyens de ce pays. D’ailleurs avec mon blog sur les télécoms. j’essaie d’aider au maximum les visiteurs pour faire diminuer le poste « télécommunications » de leur budget.
Pour le reste, je suis entièrement d’accord avec vous que quelqu’un qui bosse à 100% doit pouvoir vivre dignement! Mais cela n’a aucun rapport avec le fait que malgré vos dires, la libéralisation dans le domaine des télécoms est un succès!
décembre 28th, 2007 at 18:42
Que la baisse des prix soit une réalité, nous sommes d’accord. Selon vous, cette baisse du prix provient de la concurrence. Je ne partage pas du tout cet avis: à mes yeux la baisse des tarifs est avant tout due au développement technologiques qui permettent d’offrir des services bien moins chers, concurrence ou pas. J’ai cité l’exemple (caricatural) du câble sous-marin pour illustrer en quoi selon moi la technologie utilisée a une incidence directe sur les prix.
D’ailleurs, j’en veux pour preuve qu’à « technologie égale », un service privatisé est souvent plus cher qu’un monopole de service public. Regardez le cas du 111 dont j’ai parlé: 17 sociétés proposent le même service, et les prix n’ont pas baissé. Pire: des emplois ont été perdus, et la qualité s’est dégradée. On peut appeler cela un progrès: je ne partage pas cet avis.
On pourrait également parler des compressions importantes de personnel qui ont eu lieu, et ont permis de réduire les coûts, donc les tarifs. Mais il y aura sans doute quelqu’un pour me répondre que si du personnel a pu être licencié c’est qu’il était en trop, et que c’est toujours pareil avec ces fainéants de fonctionnaires
décembre 28th, 2007 at 19:08
On en revient au début du sujet, les numéros de renseignement sont des services totalement dépassés. Le 111 c’était 90 millions par an en 2000 et plus que 30 millions en 2006…
C’est assez intéressant de voir que c’est vous même qui devez sortir que les fonctionnaires sont des fainéants… cela montre que cela vous arrange bien que certains le fasse. Même si de mon côté, je ne me permettrais pas de genre de généralité stupide, j’espère que vous vous rendez compte que traiter ceux qui n’ont pas les même idées que vous d’ayatollahs comme vous le faites est exactement pareil.
Personnellement je suis persuadé que ce qui permet d’avancer c’est de se baser sur les faits et non sur des idéologies et de respecter les idées des autres, je préfère laisser les insultes aux extrémistes.
décembre 28th, 2007 at 19:40
Le Scal, ça n’est pas forcément à vous que je pensais… Aussi choquant que cela puisse paraître, il y a des gens – plutôt de tendance favorables aux privatisations – pour nous expliquer que le fonctionnaire est par définition un paresseux. Ca me révolte, tout comme vous, mais c’est ainsi. J’anticipe…
Une dernière question… Vous écrivez pour la deuxième fois – avant de me taxer d’extrémiste – que mon discours est « idéologique ». C’est très certainement exact: défendre le service public est « idéologique ». Tout comme l’est le libéralisme, cette idéologie qui dénie en être une.
décembre 28th, 2007 at 20:22
le libéralisme contrairement au socialisme n’est pas une idéologie. Le socialisme fût pensé, décrété alors que le libéralisme est dans la nature humaine. Etre libre ne se décrète pas c’est inné chez l’humain, le commerce est beaucoup plus ancien que l’état. Secondo, le pouvoir d’achat ne se décrète pas, c’est la croissance soutenue et durable qui permet de répartir les richesses non pas équitables mais responsables et qui permet également de financer la formation tant scolaire que professionnel qui aide les personnes qui veulent à accéder à l’ascenseur social. Il est pas difficile de comprendre que croissance soutenue = création de richesse, plein emploi et pouvoir d’achat pour autant que l’état ne vienne pas tout gâcher avec ses impôts, ses taxes et son racket.
D.J
décembre 28th, 2007 at 20:32
le libéralisme dans la nature humaine ? J’étais un extrémiste, me voici rendu au statut d’animal (ou d’extra-terrestre ?) Le libéralisme n’a pas été pensé ni décrété ? D’où sortez-vous des énormités pareilles, DJ ? Avez-vous déjà entendu parler de la société du Mont-Pelerin ? Je me permet de vous recommander une superbe lecture: « Le grand bon en arrière », de Serge Halimi. On est pile dans le sujet: 640 pages pour expliquer la genèse du libéralisme, ses architectes et les moyens utilisés pour le mettre en oeuvre jusqu’à la forme de pensée unique qu’on connaît aujourd’hui. Vous verrez, ça se lit comme un roman !
Vos tentatives de démontrer que le libéralisme n’est pas une idéologie sont louables et ne manquent pas de charme. Elle confirment en tout cas que le libéralisme est bien cette idéologie qui dénie en être une.
décembre 28th, 2007 at 20:44
bien sûr que je connais la société du Mont-Pélerin. Mon maître et regrêté penseur F.A. Hayek, membre de cette société explique bien la supériorité de l’ordre spontanné sur l’ordre décrété, mais bon nous entrons dans un dialogue de sourd, c’est de bonne guerre vous me direz, sur ce je vous souhaite si l’on ne débat plus ensemble de bonnes fêtes du nouvel-an.
D.J
décembre 28th, 2007 at 21:00
Bonne année à vous aussi DJ.
Au plaisir de vous relire en commentaire d’un prochain billet