Local d'injection à Lausanne
Oui, Lausanne doit se doter d’un local d’injection pour les toxicomanes.
Ce n’est naturellement pas avec enthousiasme qu’une telle affirmation est formulée, mais le pragmatisme – la situation concrète des personnes toxico-dépendantes- nous oblige toutes et tous à prendre nos responsabilités.
Les toxicomanes sont-ils des voyous ? des délinquants qui “n’ont que ce qu’ils méritent?” Sont-ils des malades psychiques ? Avaient-ils une “prédisposition mentale”, une faiblesse de caractère qui les a conduit à succomber à l’adiction ?
Cette manière d’individualiser, de psychologiser les problèmes semble tenter la droite, mais elle laisse de coté toute la dimension sociale – sans nul doute la plus significative dans le cas de la toxicomanie. Les toxicomanes, s’ils sont des malades et méritent d’être considérés comme tels, nous révèlent également les cotés plus sombres de notre société: exclusion, précarité, chômage, solitude, maladie, handicap.
Vouloir rendre chacun seul responsable de son sort, c’est oublier (à dessein) que la société – et une certaine idéologie – ont également leur part de responsabilité dans cette état de fait. Nous n’avons pas le droit d’être indifférent à la souffrance des plus fragiles!
Pour l’UDC lausannois Raphael Abbet, la proposition de la municipalité d’ouvrir un local d’injection équivaut à “libéraliser l’usage de la drogue”. Une telle affirmation est parfaitement ridicule: une politique, aussi répressive soit-elle, ne parviendra jamais à éliminer la toxicomanie. Il y aura toujours des toxicomanes, local d’injection ou pas, rassemblements interdits ou pas, à Saint-Laurent, à la Riponne ou ailleurs !!
C’est une question de bon sens: puisque cette situation amène détresse humaine, questions de santé publique, interrogations légitimes de la population… ouvrons un local de rencontre, un bistrot social, y compris un local d’injection. Certainement pas pour favoriser ou encourager la consommation de stupéfiants, mais au contraire pour l’encadrer et permettre aux personnes exclues de renouer un contact social et de s’injecter les produits ailleurs que dans les toilettes publiques ou seuls chez elles.
L’expérience d’autres villes, suisses ou européennes, confrontées aux mêmes problématiques et ayant ouvert de tels lieux est jugée très positive: André Glauser, chef de la police municipale de Bienne l’affirme: “Depuis l’ouverture du local à Bienne, il y a moins de toxicomanes dans les parcs et en ville et moins de seringues qui traînent. Mais pas le dimanche, jour de fermeture du local, ce qui prouve son efficacité. ”
Une fois encore, il ne s’agit nullement d’idéaliser un tel local, qui ne répondra pas à toutes les questions. Si des réticences à son ouverture sont tout à fait compréhensibles, les avantages procurés – aux personnes concernées comme à la collectivité – me semblent l’emporter largement sur les craintes.
janvier 8th, 2007 at 13:21
C’est sympa tout plein de soutenir un projet lausano-lausannois… Si tu es élu, je suppose qu’on pourra compter sur ton soutien pour que la Ville puisse obtenir quelque subvention cantonale non ?
janvier 8th, 2007 at 14:11
C’est clair que même si le local est situé à lausanne, il concernerait des personnes venant d’horizons plus larges. Un soutient cantonal me semblerait donc logique, de même qu’une coordination de la prise en charge des personnes toxicodépendantes au moins au niveau romand. J’imagine que ces réflexions sont menées entre les chefs des départements cantonaux de la santé.
janvier 8th, 2007 at 15:57
Cela répond au besoin d’une catégorie bien précise, souvent de vieux toxicos qui de toute façon ne s’en sortiront pas. Cela leur permet de sortir de la rue, de la misère, de la déprime, reprendre des forces physiques, améliorer leur santé. Ensuite peut-être, certains pourront-ils quand-même trouver la force de s’en sortir?
Il faut des réponses multiples à ce problème complexe. La distribution n’en est qu’une, qui ne répond qu’à certains cas bien précis.
janvier 8th, 2007 at 18:36
@ranma :
Le Canton a déjà refusé une aide, si la Ville veut un local d’injection, elle doit le subventionner par ses propres moyens. Raison pour laquelle une première esquisse de projet s’est déjà cassé la figure. Depuis lors, Solange Peters a pris son bâton de pélerin dans les sections du PS des communes avoisinantes pour les intéresser au projet (inutile de décrire le peu de succès…), même Gilles Meystre de Lausanne Ensemble a fait quelques propositions assez constructives en ce qui concerne le bistrot social (mais depuis, il se montre moins enthousiaste).
Avec tout ça, un second préavis vient d’arriver, pour lequel un référendum est d’ores et déjà annoncé. Ca promet en belles envolées
@Ruth : la distribution d’héroïne dont tu souligne bien l’adéquation spécifique n’est pas prévue dans le local d’injection, ni ailleurs dans le canton de Vaud.
janvier 8th, 2007 at 19:13
C’est toute la question des villes et des agglomérations: il n’est pas certain que la commune soit encore l’unité pertinente pour toute une série de questions.
A mon avis on pourrait encourager la création d’une grande agglomération lausannoise par des fusions de communes et subdiviser cette nouvelle entité en quartiers, représentés par des assemblées de riverains à qui seraient reconnus un certain nombre de prérogative dans la gestion de leur environnement.
Cet « échelon » supplémentaire n’a évidement de sens que dans le cadre d’une agglomération d’une certaine taille.
Toi qui siège à Lausanne, je crois que c’est à peu de choses près ce que prévoit l’agenda 21. Peux-tu me renseigner un peu sur les réflexions et son application ?
janvier 9th, 2007 at 00:21
Pour tout savoir sur l’agenda 21 lausannois, c’est ici :
http://www.lausanne.ch/view.asp?DomID=63314
Il y a eu des consultations citoyennes de quartiers, mais maintenant c’est terminé, on en est à la mise en oeuvre. Les résultats collaient d’ailleurs assez bien avec les projets prévus par la Municipalité, comme quoi…
Et de toute façon, en ce qui concerne le local d’injection, il ne faut pas se leurrer : les NIMBY se compteront à la pelle aux alentours de l’endroit choisi.
PS hors sujet : est-tu certain que cela soit un bon plan électoral dans ton arrondissement que de parler de fusion de communes ?
janvier 9th, 2007 at 09:29
C’est sûr que l’est lausannois n’est pas demandeur et que c’est peut-être pas le thème le plus porteur. Mais étant donné qu’un tiers de la population suisse habite une ville de plus de 100′000 habitants, je pense qu’il faut réfléchir en terme d’agglomération.
D’ailleurs on pourrait penser que plus une commune est petite, plus les habitants peuvent directement participer à son fonctionnement: c’est sans doute vrai jusqu’à une certaine taille, puis c’est l’inverse qui se produit. Bien souvent les fusions de communes amèneraient un supplément de démocratie.