Local d'injection: et maintenant ?

Lundi, juillet 9th, 2007 @ 11:17 | Politique

Le verdict des urnes est – selon la formule consacrée – « net et sans appel ».
Avec Alain Hubler, je m’interroge sur les raisons du non. Les affiches de l’UDC et leur visuel si subtil ont sans doute joué un rôle. La fameuse campagne « Lausanne dope city » a peut-être permis de gagner quelques dixièmes de pourcents (elle a surtout permis de ne pas faire réélire son auteur, Patrick de Preux, au parlement cantonal, ce qui est déjà un beau résultat). Les contres-vérités entretenues par les opposants au local (distribution de drogue alors qu’il n’en aurait rien été, résultats inexistants alors que les structures comparables ont montré leur efficacité) ont fait le reste et ont définitivement plombé les chances du local d’injection.

Que l’on soit contre un tel local en se basant sur des critères moraux ou éthiques est parfaitement légitime. Engager des visions de la société, c’est très précisément faire de la politique. Notre droite lausannoise serait-elle moins décomplexée que sa cousine sarkozyste ? Nous ne l’avons en effet que peu entendu dans le registre moral, préférant user et abuser de la désinformation, de la démagogie et de la peur. Contre la rationalité scientifique (études dans The Lancelet, une référence en matière de médecine), elle a laissé croire aux chiffres bidons et aux contres-vérités, quand ce n’est pas l’insulte qui faisait office d’argument (l’épisode du débat qui a vu le Municipal Bourquin se faire traiter de nazi par un opposant).

Toute cette histoire est d’autant plus déplorable qu’ailleurs en Suisse, un consensus a pu être trouvé entre les acteurs politiques, conscients du bien-fondé d’une telle structure. On l’a rappelé: Lausanne est la dernière grande ville Suisse a ne pas disposer d’un local d’injection. Comment l’expliquer ? Comment comprendre que partout ailleurs, la droite a saisi l’enjeu en terme de santé publique que représente un local d’injection et qu’à Lausanne, à Lausanne uniquement, cette dernière se cristallise avec une telle hargne sur cet objet ? C’est peut-être qu’à Lausanne, depuis quelques années, la droite perd. Le coeur de la ville balance à gauche, et la débâcle de LausannEnsemble n’a toujours pas été digérée. Il fallait que la droite s’empare d’un objet extrêmement émotionnel, à propos duquel elle pourrait engager une campagne virulente, en utilisant la peur et la désinformation. Le local d’injection était l’objet parfait, un véritable cadeau pour une droite en quête de légitimité et de victoire.

Que des toxicomanes – ces gueux qui ne participent pas à la productivité et ont le tort d’être malade, ou pire, marginaux – et la population dans son ensemble fassent les frais d’une telle instrumentalisation ne pesait, on s’en doute, pas lourd dans la balance. Il s’est agi de se positionner sur l’un de ces thèmes (toxicomanie, insécurité, violence des jeunes) qui touche le peuple (ou qui le touchera après un traitement aux « affiches-choc » et aux faux-chiffres).

Reste qu’à présent, la balle est dans le camp de LausannEnsemble. Refuser un projet est une chose, proposer des mesures constructives pour régler ce qui est perçu par une grande partie de la population comme un problème en est une autre. La droite se satisfait-elle du status quo, ou va-t-elle proposer autre chose ? Sans faire de procès d’intention à qui que ce soit, on peut craindre que les « solutions » qui vont maintenant être avancées seront de type répressif (interdire les rassemblements, renforcer la traque aux petits dealers), dans la tradition de droite du « retour à l’ordre ». On le sait, la seule efficacité de ce type de mesure consiste à rassurer le bon peuple: sur le terrain, leur efficacité est minime, quand elle n’est pas nulle. On peut arrêter autant de petits vendeurs de boulettes que l’on voudra, les gros producteurs et les milliards en jeu dans le trafic mondial de stupéfiants n’en seront pas affectés. « Cachez ce toxicomane que je ne saurais voir », ca n’est pas encore faire de la politique.

4 Responses to “Local d'injection: et maintenant ?”

  1. Jean-Baptiste Says:

    Quand-même une petite précision, pour l’honnêteté: l’UDC lausannoise n’est pas dans LausannEnsemble ;-)

  2. Julien Sansonnens Says:

    C’est noté ! merci pour l’info

  3. Samuel David Says:

    Salut Julien,

    Tu dis que « Cachez ce toxicomane que je ne saurais voir”, n’est pas encore faire de la politique », mais ne penses-tu pas que c’est l’inverse qu’il s’est passé durant cette campagne? La gauche préfère « parquer » les toxicomanes dans des endroits fermés pour éviter qu’ils ne dérangent trop sur la place publique, et un des arguments que j’ai beaucoup entendus durant cette campagne était justement le fait qu’avec un local d’injection, les toxicomanes ne « traineraient » plus à la Palud ou ailleurs.

    Bon été et à tout bientôt,

    Samuel

  4. Julien Sansonnens Says:

    Salut Samuel !

    L’argumentation des partisans du local était avant tout une argumentation en termes de santé publique.

    Pour ce qui est de la gauche qui voudrait chasser les toxicomanes de la Riponne, le Municipal Marc Vuilleumier a été clair: il n’existe pas de base légale pour interdire à une certaine catégorie de la population l’utilisation de l’espace public.
    Maintenant il est vrai que l’ouverture du local aurait aussi permis d’orienter les personnes concernées vers une structure adaptée. Ca n’aurait pas résolu tous les problèmes, mais ca aurait été un pas dans la bonne direction.

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