Merci, Yvan Perrin !

Le procès en sorcellerie intenté à Eveline Widmer-Schlumpf et à sa section cantonale avait déjà permis, à l’époque, de guigner par le trou de serrure de l’arrière-cuisine UDC, et d’humer prudemment les relents d’égout qui y flottaient.

Ce week-end, c’est au tour du vice-président Yvan Perrin d’avoir soulevé la lunette; le neuchâtelois – il n’est jamais trop tard pour bien faire – venant en effet de comprendre que le rôle de son groupe parlementaire consiste à exécuter les décisions reçues du Conseil d’administration de l’UBS, avec le sourire et en se la coinçant, s’il vous plaît. Une attitude de soumission de plus en plus difficile à supporter pour Perrin: on veut bien être le vice-président des porteurs d’eau attitrés de la Bahnhofstrasse, on attend tout de même, eu égard à l’ingratitude de la tâche, un minimum de considération. Agir en laquais n’empêche pas de quémander quelques miettes de respect.

Si je ne suis pour ainsi dire jamais d’accord politiquement avec Yvan Perrin, il faut reconnaître à l’homme une certaine indépendance de pensée, suffisamment exceptionnelle au sein du groupe UDC pour être saluée. Le vice-président avait, par exemple, fait preuve d’une bien insolente audace en défendant le PACS au sein du parti au bouc, suscitant au passage interrogations et ragots de bas étage sur son orientation sexuelle.

Pour tout dire, la démission du neuchatelois est salutaire, car elle éclaire plusieurs aspects du fonctionnement interne de l’UDC. Elle révèle d’abord – mais avions-nous besoin d’une nouvelle démonstration – le niveau extraordinaire d’asservissement du parti d’extrême-droite aux banques et à la finance zurichoise. Et gare à celui qui ose contester les ordres des bailleurs de fonds, ou faire preuve d’un minimum d’esprit critique: le remontage de bretelles est immédiat, les sanctions sans appel. Le témoignage d’Yvan Perrin illustre ensuite le culte de la personnalité entourant le lider blochero. En pointant du doigt les revirements et autres retournements de vestes du guide suprême, Perrin a sans doute franchi la ligne rouge: on ne saurait remettre en cause la parole du prophète, cette sorte de demi-Dieu aux décisions incontestables (variante casque-à-boulons de l’infaillibilité pontificale). Et tant pis si Blocher, plus darbellayien que Darbellay, virevolte empalé sur sa tige métallique telle une girouette devenue folle, au gré des consignes reçues des parrains de l’UBS. Enfin, la démission du Vice-président donne raison à celles et ceux, nombreux, qui voient dans l’UDC un danger pour notre système politique: les méthodes autoritaires du parti brun ne laissent en effet planer aucun doute sur sa conception de la démocratie et sur le type de traitement qu’il réserve aux brebis égarées.

Merci donc à Yvan Perrin d’avoir jeté une lumière, certes crue mais nécessaire, sur le « blochérisme réellement existant ». Et lorsque les informations proviennent de l’intérieur, elles n’ont que plus de valeur.

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