Misère au cœur de l’Eldorado helvétique.
On parle de « précarité », on évoque telle famille « dans le besoin », les plus raffinés mentionneront le « paupérisme »… Jusque dans le choix des mots et des euphémismes, la pauvreté reste une réalité taboue, invisible, difficile à concevoir en Suisse.
Qu’est-ce que la pauvreté ? Quels groupes sociaux sont les plus touchés ? Comment devient-on pauvre ? Il est aujourd’hui difficile de répondre à ces questions, tant le phénomène est ignoré, marginalisé. Au scandale social s’ajoute celui de l’invisibilité et de la négation, avec comme conséquence un nombre restreint de travaux scientifiques et une connaissance limitée du phénomène.
Yolande, membre de l’association des familles du quart-monde, raconte dans le journal de l’Eglise protestante comment elle se nourrit sur les composts, en enlevant les feuilles abimées des légumes. Myriam décrit comment, en 2009, des problèmes de santé peuvent faire basculer une famille entière dans la pauvreté. Il n’est pas question de misérabilisme ou de pitié, mais d’exposer une réalité existant au pays des Edge funds et des forfaits fiscaux pour milliardaires.
Il faudrait aussi décrire la détresse psychologique qu’une condition de pauvreté matérielle entraîne inévitablement : perte de la confiance en soi, sentiment d’inutilité, de culpabilité… une situation sans doute encore plus insupportable que les privations.
On peut luter contre la pauvreté, en introduisant par exemple un salaire minimum permettant de réduire de manière importante le nombre de working-poors. Mais la droite ne l’entend pas de cette oreille, manœuvrant pour invalider les initiatives lancées en ce sens. On comprendra il est vrai qu’au sein de cette classe, on puisse ne pas se sentir particulièrement concerné par l’enjeu.
Billet publié dans Gauchebdo.
décembre 21st, 2009 at 15:05
Est-ce a cause de invisibilité du phénomène en Suisse que vous mettez une photo représentant, il me semble, une célèbre avenue parisienne ?
janvier 16th, 2010 at 11:57
Le téléjournal d’il y a quelques semaines faisait un état des lieux des sans-abris en Suisse: un nombre à 2 chiffres pour Genève et Lausanne, et tenez-vous bien, aucun cas recensé dans le Jura et à Neuchâtel. Voyez, Môssieur, la pauvreté n’existe pas, ils sont formels dans Télé-Poche….