On ne stabilise une démocratie que par le mouvement
Titre emprunté à Edouard Herriot, Homme politique français (1872-1957)
Si l’on mesure la force d’une démocratie à son degré d’acceptation de la contestation, les derniers jours auront été l’occasion de constater combien le système politique suisse est éloigné de sa représentation mythifiée. Loin de constituer un régime d’une immuable stabilité, la démocratie helvétique n’est jamais qu’un état précaire et non-abouti, résistant avec plus ou moins d’assurance aux tentations autoritaires comme à ses propres contradictions.
Ainsi, dans l’indifférence générale, le Tessin vient de vivre un épisode de répression policière particulièrement scandaleux, que l’ensemble de la bienpensance politico-médiatique aurait jugé choquant s’il ne s’était passé chez nous.
En marge de la parade militaire du 25 novembre, la police a violemment chargé un groupe de manifestants antimilitaristes qui, de façon pacifique et ironique, protestaient contre la kermesse en kaki qui a transformé Lugano en un véritable territoire de guerre (présence de chars dans les rues, défilés en uniforme). Les forces de l’ordre ont matraqué la “clown army”, laquelle n’avait commis comme seul délit de tourner en dérision la « grand muette ». Bilan: une dizaine de blessés, dont un bras cassé. Cinq jours plus tard à Lucerne, la police tirait des balles en caoutchouc et interpellait des dizaines de personnes qui protestaient contre le nettoyage social et culturel à l’oeuvre en ville.
Ce ne sont pas les grèves, manifs et autres formes de contestation qui révèlent un dysfonctionnement de la démocratie: c’est au contraire la répression dont elles font l’objet de la part d’un pouvoir qui ne veut ni ne peut apporter d’autres réponses.
Publié dans Gauchebdo No 49
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