Passeport biométrique: microcommentaire
Cette défaite, qui tient pour ainsi dire du hasard des chiffres, a des parfums de petite victoire. Dans le climat ultra sécuritaire marqué par les suites du 11 septembre et la lutte contre l’immigration « illégale », les défenseurs des libertés individuelles auraient pu craindre un résultat catastrophique: il n’en a rien été. Peu de commentateurs ont relevé le climat dans lequel se déroulait cette votation: la « guerre contre le terrorisme », qui a pris désormais la relève de la lutte contre le péril rouge. Car il n’est rien de plus dangereux pour un régime politique que d’en venir à manquer d’ennemi… Hier, le peuple suisse a indiqué qu’il n’entendait pas céder au chantage « un peu moins de liberté contre un peu plus de sécurité », ce deal empoisonné qui légitime aujourd’hui toutes les atteintes aux libertés fondamentales, depuis le « patriot act » américain jusqu’aux prisons secrètes de la CIA, à la généralisation de la vidéosurveillance ou aux prélévements d’ADN pour à peu près n’importe quoi.
Au-delà du résultat, cette votation aura permis un débat de fond, absolument fondamental, sur la place et le rôle de la science dans nos sociétés. Je n’hésite pas à rapprocher la biométrie des OGM, du nucléaire ou des nanotechnologies: voila des applications de technologies extrêmement puissantes, qui lorsqu’elles sont mal utilisées peuvent avoir des conséquences lourdes sur l’individu et la société. Comme les OGM, la biométrie est aujourd’hui déployée à la va vite, sans que toutes les conséquences soient prises en compte. Il semble que l’urgence soit ici aussi la règle. Car la question n’est jamais d’être « pour ou contre » la science. Le débat, n’en déplaise à nos détracteurs, n’est pas de choisir entre le moyen-âge et le futur scientiste radieux. Le débat est celui-ci: quelle science, pour quel projet de société ? Quelle science, pour quels intérêts ? Quelle science, pour quelle organisation sociale ?
Enfin, et ce n’est pas le moindre, le débat sur le passeport biométrique aura permis de savoir qui, au-delà de la langue de bois libérale dont use et abuse la droite, défend véritablement les libertés individuelles dans ce pays. Les masques sont tombés. (Il est toutefois à noter que la droite a été très divisée sur cet objet. Je note également les prises de position courageuses des sections de jeunesse des partis de droite qui, à l’exception du PDC, ont toutes rejetées le projet voté hier).
Une fois encore, cette petite défaite est encourageante. Malgré la très faible participation, le scrutin d’hier révèle une démocratie qui fonctionne, et un peuple suisse attaché aux valeurs de liberté, de respect de l’individu et de sa sphère privée. Ne doutons pas que d’autres combats attendent les défenseurs de ces valeurs fondamentales contre la technocratie antidémocratique.
mai 18th, 2009 at 14:26
Indépendamment du résultat, je n’ai toujours pas compris à quoi sert le fichier centralisé (ou plutôt je comprends trop bien ….)
Je veux bien pousser l’acte de compréhension jusqu’à imaginer une utilité à des empreintes digitales partielles dans une puce aux fins de contrôle de la détention du document.
Mais je vois très mal, en l’absence d’un ordre d’un juge d’instruction, sur quelle base légale on prendrait mes empreintes pour les contrôler avec celles qui figurent dans la puce …(idem pour le droit étranger). Il faudrait au moins un doute .. or le doute ne peut venir justement que de la prise d’empreintes réelles et de la comparaison …