Quand la main invisible se fait attendre
La concurrence, c’est désormais une certitude, constitue une panacée universelle à tous les défis, à tous les problèmes, à tous les enjeux. Puisqu’on vous le répète à longueur de journée, c’est bien que ça doit être vrai non ?
Réchauffement climatique ? La saine concurrence entre entreprises intéressées aboutira à des solutions techniques pour en limiter les effets.
Service postal ? écoles ? hôpitaux ? seule la concurrence, par le jeu de l’offre et de la demande, pourra répondre de manière optimale aux besoins des usagers clients.
Recherche scientifique ? Seuls l’émulation, la saine concurrence entre chercheurs, entre universités, entre pays peut aboutir aux résultats les plus rentables valables possibles.
Ce ciel bleu libéral est parfois entaché de sérieux nuages, et il y a bien des situations où la main invisible se fait désirer, où la privatisation aboutit à une hausse des tarifs quand ce n’est pas à des catastrophes mettant en jeu la vie de personnes (les désastres en série sur le réseau des trains anglais depuis sa privatisation est un exemple classique: gageons qu’il n’est pas unique).
Un exemple intéressant nous est rapporté par le journal « Le Monde »: la libéralisation des services de renseignement téléphoniques en France a été un fiasco aboutissant à sept augmentations successives des prix. Il semblerait que la très sainte concurrence connaisse dans ce domaine quelques ratés: pour une qualité de service similaire, les prix depuis la libéralisation sont de 25% plus élevés qu’au temps du monopole de service public. C’est qu’il faut bien répercuter quelque part les frais invraisemblables de publicité engagés par les différentes boîtes qui opèrent sur ce nouveau marché.
L’usager, devenu client, en est pour ses frais.
juillet 20th, 2007 at 19:30
Ne dites pas n’importe quoi. Quand les chemins de fer anglais ont été privatisés, ils étaient déjà dans un piteux état dû à des sous investissements depuis plusieurs décennies.
Quant aux augmentations de prix privatisés il faut savoir aussi quand ils étaient dans les mains de l’état, souvent ils appliquaient des prix artificiellement bas en faisant payer le contribuable. C’est comme la poste suisse après que la vache à lait des téléphones a arrêté de la subventionner.
D.J
juillet 20th, 2007 at 19:58
DJ, l’état désastrueux du réseau ferré anglais est surtout et avant tout le produit d’un sous-investissement massif dans les infrastructures.
Pourquoi ? Parcequ’au moment de la privatisation, les privés se sont rués sur les secteurs les plus rentables: transports de personnes, transports de marchandises, pour en dégager le plus rapidement possible le bénéfice le plus important: vous connaissez comme moi l’appétit des actionnaires…
Dans la foulée, l’infrastructure n’a pas intéressé grand monde. Résultat: la situation qu’on voit aujourd’hui.
On attends toujours que le matériel soit entretenu, que les rails soient vérifiés, les aiguillages modernisés….
Encore un peu de boulot pour la main invisible.
Quant aux PTT, si les tarifs des télécommunications ont pu baisser, ca n’est nullement parceque la sacro-sainte concurrence a joué son rôle. (bien au contraire, celle-ci n’est qu’une farce:les opérateurs, en situation d’oligopole, s’entendent sur les prix, ce qui témoigne de l’échec total de la libéralisation).
Ce qui a fait baisser les prix, c’est l’évolution technologique. Alors que dans les années 70 on pouvait faire passer quelques communications téléphoniques dans un câble sous-marin, on peut en faire passer infiniment plus par satellite. Ca n’est qu’un exemple.
Vous vous souvenez sans doute l’époque où l’on payait un ordinateur 5′000.- ? Aujourd’hui, plus de dix fois moins. Pourquoi ? parcequ’on a privatisé les constructeurs ?
Quant à la poste, oui elle fait du bénéfice aujourd’hui. Un bénéfice colossal. Comment est-ce possible ? Cela se fait sur le dos du personnel, par la flexibilité, les temps partiels, l’intensification du travail, la détérioration de la qualité du service (fermetures massives de bureaux de postes), les vagues successives de suppression de personnel, le renoncement à certaines prestations, la vente de tout et n’importe quoi dans les bureaux de postes, la sous-traitance des activités les moins rentables.
juillet 20th, 2007 at 21:59
J’avais aussi noté ce qui c’est passé à propos de ces numéros, la concurrence résout tout ! Bien sûr !
A voir l’article de l’huma:
http://www.humanite.fr/2007-07-18_Societe_La-grande-arnaque-des-numeros-en-118
Ciao !
juillet 21st, 2007 at 13:54
Comment préserver ou établir une saine et stimulante émulation sans tomber dans les méfaits du libéralisme sauvage ? Tu as une idée?
juillet 21st, 2007 at 15:33
Salut Ruth,
En commençant par cesser de croire aveuglément au dogme de la concurrence!
Plus concrètement, ma position est la suivante: il faut conserver (ou sortir) les secteurs sociaux « essentiels » à la logique du marché, du profit, et donc à la concurrence.
J’entends par « secteur essentiels » les secteurs qui répondent aux besoins sociaux de base: éducation, santé, transports, logement, communications, police, culture etc…
C’est la définition du service public: un service qui ne cherche pas à faire du profit, mais à répondre aux besoins fondamentaux de la population.
Il ne faut pas être dogmatique: je ne crois pas au tout-à-l’Etat, ni à l’économie planifiée. Les autres secteurs peuvent être soumis à la concurrence, je n’y vois aucun problème.
Ma position est celle d’un service public fort, qui réponde aux besoins, indépendamment du revenu ou de la fortune des usagers. L’idée de revenir en arrière à l’époque où seuls les riches pouvaient se faire soigner, où seuls les riches avaient droit à aller à l’école me paraît détestable.
Rien n’est gratuit: oui, cela implique de payer des impôts. C’est un choix de société.
juillet 21st, 2007 at 17:17
Tu as raison, la concurrence est un dogme présenté souvent comme devant résoudre tous les problèmes. D’accord aussi pour distinguer des secteurs essentiels répondant aux besoins de base. Secteurs qui ne doivent pas répondre aux critères du profit. Et pourtant… À trop protéger les services publiques (et qui doivent le rester) on tombe dans les travers bien réels du fonctionnariat : la routine, le poids des habitudes, se contenter de faire tourner la machine sans innover. Et les plus inventifs, les plus créatifs, quittent cette ambiance délétère pour rejoindre le privé. Il faut voir cela aussi.
juillet 21st, 2007 at 17:30
L’image du fonctionnaire paresseux, de l’Etat-qui-fait-toujours-mal, des montagnes de paperasses est propagée par la droite depuis des années pour casser le service public.
Cela ne veut pas dire que le service public ne peut pas être amélioré, mais il faut faire la part des choses entre la rhétorique politicienne et la réalité.
Aujourd’hui, le statut de fonctionnaire a été aboli. Les employés connaissent l’évaluation régulière, ainsi que le salaire au mérite.
Par ailleurs, si le service peut être effectivement mauvais, c’est souvent parceque les financements ne suivent pas, ce qui aboutit à une insatisfaction chronique des usagers qui demandent eux-mêmes la privatisation.
le dernier exemple en date: le SAN. Résultat ? Une ambiance délétère, une efficacité très mauvaise du service, des conflits permanents…. Le petit chef Boichat a été viré le premier jour de l’installation du nouveau Conseil d’Etat.
On peut aussi se demander ce que signifie cette course à l’innovation, cette mode du « tout changer, tout le temps ». Obtient-on un meilleur service ? La poste est un exemple typique: innover, toujours innover.. Personnellement, je me moque pas mal que l’on puisse imprimer des timbres depuis chez soi en 65′000 couleurs, que leur site web utilise la dernière technologie flash ou que les envois « recommandés » soient remplacés par les « lettres signatures », ou que la poste installe des écrans plats par milliers dans ses sucursales pour diffuser la météo.
Tout ce que je demande, c’est que la poste fasse son métier, et le fasse bien.
Mais tu as raison: il ne faut pas être contre l’innovation si celle-ci répond aux besoins des gens ! Si de nouvelles manières de faire, de nouvelles techniques permettent d’offrir un service de meilleur qualité (sans pression supplémentaire sur le personnel qui subit déjà la flexibilité, l’intensification du travail, les temps partiels imposés etc.) alors il faut l’encourager !
juillet 21st, 2007 at 18:12
Je viens de lire qu’en Angleterre, il y a de gros problèmes non seulement pour les chemins de fer, mais aussi avec le métro de Londres qui a été partiellement privatisé. Sauf erreur, la société responsable « metronet » a même été déclarée en faillite. Il faut avoir voyagé sur certaines lignes (Northern Line p.ex.) pour se rendre compte des énormes investissements qui sont absolument nécessaires, d’une manière ou d’une autre.
juillet 21st, 2007 at 18:42
Merci pour l’information, quinquajailair.
juillet 23rd, 2007 at 12:17
Salut Julien,
Excellent billet. Je m’étais aussi attaqué au sujet il y a quelques temps: http://www.schwaab.ch/archives/2007/01/16/liberalisons-liberalisez/
La semaine passée, il m’est arrivé une histoire concernant la libéralisation des services postaux et ses désastres: J’ai commandé un truc sur internet et ne pouvait me le faire livrer que par DHL (vous savez la super entreprise ultra efficace qui livre partout rapidement et bien mieux que la poste, ce rassemblement de dinosaures), le tout pour un prix en tout cas deux fois supérieur à une livraison par la poste (mais c’est vrai, ça aurait duré quelques jours de plus). Et voilà que le livreur DHL passe, sans prévenir de sa venue… à 11h30 du matin, à une heure où la plupart des gens ne sont pas chez eux (mais peut-être que DHL part de l’idée que dans chaque foyer se trouve une mère au foyer, qui est là à 11h30 pour préparer le repas de sa petite famille…). Bref, il me laisse un mot, m’avertissant que s’il n’arrive pas à me livrer d’ici 10 jours, il renverra mon paquet à l’expéditeur. Je téléphone à la ligne chaude et on me répond que le livreur passera le lendemain (youpi)… entre 10h et midi! Impossible de me donner une heure plus précise. Le pauvre livreur a 200 paquets à livrer, me dit-on. Je rétorque que je ne peux pas me libérer pour deux heures (qui le pourrait? à moins d’être en vacances ce qui n’est pas mon cas), mais que si on fixe un rdv précis, je pourrais éventuellement m’arranger. Niet. Finalement, le paquet sera laissé, sans dégâts (ouf) devant la porte. Moralité: quelle efficacité, le secteur privé! La poste, notre cher service public, aurait, elle conservé le paquet et je serai allé le chercher à un moment qui m’aurait arrangé moi. Mais c’est vrai, les infrastructures, le personnel, les locaux, le service et tout ça, ça coûte, c’est inefficace, etc….
Cassons le mythe du « secteur public moins efficace que le privé »!
Bon été.
juillet 23rd, 2007 at 12:41
Salut Jean-Christophe,
Merci pour le témoignage. La gauche a un gros travail de communication à faire autour du service public. Démonter les arguments fallacieux, montrer en quoi l’immense majorité de la population profite d’un service public de qualité.
20 ans de néolibéralisme laissent des traces dans les esprits: à nous, partis de progrès, de rétablir un minimum de rationalité dans le débat.
août 3rd, 2007 at 09:41
[...] toujours à une diminution de la qualité des prestations (à ce sujet), à une hausse des tarifs (à ce sujet sur JS’blog), à un démantèlement des conditions de travail du personnel, à des suppressions d’effectifs, [...]