Transports publics gratuits: une alternative réaliste!

Vendredi, janvier 26th, 2007 @ 13:04 | Politique

Ces dernières années, la ville de Lausanne s’est illustrée régulièrement par ses niveaux record de particules fines dans l’air, dépassant parfois de quatre fois le seuil admis par la loi. On connaît aujourd’hui la dangerosité de ces poussières, produites principalement par le trafic routier et le chauffage. Selon le médecin cantonal vaudois Daniel Laufer, elles sont directement responsables de problèmes respiratoires, principalement parmi les personnes asthmatiques ainsi que chez les plus de 65 ans. Les taux élevés de particules fines observés à certaines périodes de l’année pourraient ainsi entraîner une mortalité en hausse de 5% à 12% parmi les personnes souffrant de maladies cardio-pulmonaire. D’une manière générale, cette pollution de l’air entraîne une baisse de la qualité de vie des citadins (qu’ils habitent en ville, y travaillent ou y commercent) et se répercute sur les coûts de la santé. Si elle se concentre autour des grandes agglomérations, la pollution de l’air ne connaît naturellement pas de frontières communales, et c’est finalement l’ensemble de la collectivité qui en subit les conséquences néfastes. Il en va de même pour le gaz à effet de serre dégagé par le trafic routier.

Si le chef-lieu souffre de troubles respiratoires, sa circulation n’est guère meilleure. Quiconque a déjà été pris dans les bouchons quotidiens sait que la ville – en particulier le centre – n’est plus en mesure d’absorber le flot actuel de voitures. Des solutions, telles que les parking d’échange, ont été mises en oeuvre: bien qu’indispensables, elles montrent rapidement leurs limites et se révèlent insuffisantes: le nombre de véhicules en ville ne cesse d’augmenter, preuve que les transports publics ne sont pas assez attractifs. Bien souvent, les transports publics, par exemple pour une famille, sont plus chers que la voiture.

Les commerçants sont les premières victimes des nuisances de ce trafic privé excessif (qui entraîne pollution, bruit, stress, bouchons), tant il est devenu inconfortable – et cher – d’aller faire ses achats en ville. De toute évidence, ils ne peuvent lutter contre les grands centres commerciaux de périphérie, situés près des sorties d’autoroutes et proposant parkings gratuits et facilités d’accès. Alors que le cadre urbain devrait être un avantage pour les marchands du centre-ville, il devient un handicap par la faute d’un trafic motorisé mal régulé! il est temps aujourd’hui de repenser la mobilité urbaine. En matière de pollution comme d’engorgement, il n’y a pas d’alternative au développement des transports publics. Si tout le monde ou presque s’accorde sur ce constat, A Gauche Toute! propose d’aller au bout du raisonnement et de mettre en vigueur une idée à la fois efficace et réaliste: la gratuité des transports publics. L’expérience de la ville belge de Hasselt est bien connue et riche d’enseignements: par la gratuité de ses bus, elle a permis de réduire de moitié le trafic automobile en 5 ans, et a multiplié par 14 la fréquentation des transports publics. S’en est suivi également une nette baisse des accidents de circulation, des coûts moindres pour les services de voirie ainsi qu’une augmentation des activités sociales et commerciales au centre ville. A l’échelle de notre canton, on imagine facilement les impacts très positifs en matière de tourisme et d’image d’une telle mesure.

Quant au financement du projet, nous proposons la création d’un fond cantonal alloué aux transports publics, alimenté par trois sources principales: d’un coté par une fiscalité sur le revenu plus progressive à partir d’un certain seuil, deuxièmement par l’application du principe du pollueur-payeur via une taxe sur le trafic motorisé calculée à partir des émissions de CO2, et enfin par un prélèvement sur les carburants – les professionnels en étant exemptés. Le bon sens nous force à reconnaître que le prix de l’essence est encore bien trop attractif et que les réserves en pétrole ne sont pas inépuisables: tôt ou tard, de nouvelles habitudes de mobilité plus responsable seront nécessaires, il s’agit d’anticiper cette situation.

En ce qui concerne l’agglomération lausannoise, la réflexion devrait également porter sur le péage urbain, une mesure qui a prouvé son efficacité dans d’autres villes, et se révèle socialement juste. En responsabilisant les pendulaires – qui ont les moyens d’habiter à l’extérieur de la ville et ne subissent que peu la pollution – c’est l’ensemble de la collectivité qui en sort gagnante. C’est également un formidable outil qui permettrait de fluidifier la circulation, notamment aux heures de pointe.

Au delà de considérations chiffrées, la gratuité des transports publics est porteuse d’un projet de société. Alors qu’aujourd’hui le processus de marchandisation du monde s’accélère jusqu’à l’absurde (privatisation de l’eau, de la propriété intellectuelle, du droit, de la sécurité, du vivant, de la culture, de l’enseignement…), il est important d’enrayer cette spirale par des actions concrètes. A travers une mesure symboliquement forte comme la gratuité des transports publics, c’est aussi le projet d’une société humaine et sociale qui est proposé.
La mobilité, qu’on tend aujourd’hui de plus en plus à considérer comme un droit, ne doit pas s’appliquer uniquement aux adeptes des transports individuels. Travailleurs, chômeurs, personnes âgées, handicapés, allocataires sociaux, étudiants, habitants de régions décentralisées… Autant de situations personnelles pour lesquelles les transports publiques sont irremplaçables. A l’heure où les richesses sont réparties de plus en plus injustement entre une minorité privilégie et l’immense majorité de la population qui voit fondre son pouvoir d’achat, les transports publics gratuits, avec l’ensemble des services publics, sont un instrument indispensable de redistribution.

8 Responses to “Transports publics gratuits: une alternative réaliste!”

  1. zozieau Says:

    Deux lectures très intéressantes concernant bienfaits ou faisabilité des TP :
    http://www.predit.prd.fr/predit3/synthesePublication.fo?inCde=19698
    http://www.predit.prd.fr/predit3/synthesePublication.fo?cmd=edit&inCde=19223
    Je sais, ça tranche avec l’opinion du POP ;-)

  2. Julien Says:

    Merci, je vais les lire prochainement.
    Peut-etre qu’ils arriveront à me faire comprendre comment on peut être à la fois écologiste, et opposé aux TP gratuits ;-)

  3. zozieau Says:

    Parce que (entre autres) ce qui est plus important, c’est de baisser la pollution en ville. Pas la gratuité…
    Et ces études montrent que le transfert modal n’est de loin pas optimal. D’autre part, par déduction de l’expérience londonnienne, un péage urbain ne suffirait pas à subventionner une totale gratuité.
    J’ai encore d’autres raisons personnelles, qui tiennent plus d’histoires de chasse d’une sans permis de conduire qui trouve qu’on devrait éduquer les gens à prendre les TP, y compris parfois par la manière forte !
    Enfin, à moins qu’il ne s’agisse de familles avec 4 enfants et plus, je ne crois pas que la voiture soit plus avantageuse que les TP si on compte tous les frais.

  4. lyonelk Says:

    Très intéressant ce rapport sur la gratuité dans les transports publics.
    Il casse quelques représentations (par exemple, l’augmentation des dégradations dans les transports publics est due principalement à l’augmentation de leur fréquentation et non à la gratuité en elle-même ce qui casse l’idée qu’il faudrait faire payer les transports publics pour que les usagers les respectent mieux…).

    Je constate aussi que transfert modal et gratuité ne sont
    - ni liés;
    - ni opposables (c’est-à-dire que l’un de ces objectifs empêcherait la conduite en parallèle de l’autre).

    Donc si je comprends que les Verts s’opposent à l’affirmation « gratuité = transfert modal », je ne comprends pas forcément la raison pour laquelle Les Verts s’opposent à la gratuité en tant que telle.

    Personnellement, je suis attaché à l’utopie sociale inscrite dans le principe de la gratuité des transports publics ainsi qu’à son combat contre la seule logique marchande.

  5. zozieau Says:

    @Lyonelk Il n’y a pas de réponse verte unique à ce sujet. Donc je donnerai la mienne qui vaut ce qu’elle vaut ;-)
    Je pense que je pourrais me ralier à votre opinion qui ratache cette gratuité à une utopie sociale. Le seul « petit » problème, c’est que pour les popistes lausannois, dite gratuité ne relève pas de l’utopie. Donc il faudra bien la financer… et avec quoi ? Des points d’impôts supplémentaires ? Mais dans ce cas, n’est-ce pas abusif de parler de gratuité ?

  6. Julien Says:

    Bien entendu il faudra le financer. Mais si la volonté politique existe, le financement est possible. C’est un choix de société, qui de toute manière s’imposera tôt ou tard, faute au pétrole dont le prix augmentera jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de se déplacer en voiture, du moins plus sous cette forme.

    Pour ma part, je verrais bien ce type de financement, en laissant volontairement de coté la question du péage urbain:

    Création d’un fonds cantonal alloué à la gratuité des transports publics des agglomérations. Il faudrait s’entendre sur ce que signifie les « agglomérations », mais de toute évidence rendre l’ensemble des TP du canton gratuits est une idée séduisante, mais peu réaliste pour le moment.

    Ce fond serait allimenté de la manière suivante:
    - Une première partie financée par les entreprises qui profitent des excellentes infrastructures helvétiques en matière de transport. Certes, via la fiscalité elles contribuent déjà au financement des TP, mais je pense qu’il est possible à partir d’un certain seuil de bénéfices de demander une « contribution TP ». L’excellente productivité suisse (une des meilleure au monde) provient aussi du réseau de transports, il est normal de demander en retour de le financer

    - 2ème source: une « taxe à la pollution » selon les rejets de CO2 des véhicules privés. L’idée étant de faire participer les plus gros pollueurs au financement des TP (et de limiter la prolifération des 4×4 inutilement polluants)

    - 3ème source: l’instauration d’une « contribution TP » imposée sur la fortune, à partir d’un seuil à déterminer. La fiscalité sur la fortune est extrêmement attractive en Suisse, je pense qu’il est possible de demander une modeste contribution aux plus favorisés d’entre nous.

    Par ailleurs, la gratuité des transports publics implique d’importantes économies dans le domaine de l’administration, de l’entretien + installation des distributeurs de billets, des contrôles (contrôleurs) et des services de voirie.

    Enfin, d’autres sources de prélévements pourraient être un impôt sur le tourrisme, étant entendu que les TP publics profiteront fortement à la place touristique vaudoise (notamment en terme d’image). Nous pensons que ce que les touristes économisent en ne payant pas leurs titres de transport pourrait leur être demandé sous forme d’une petite taxe sur les nuitées ou quelque chose comme ca.

    Voilà, juste quelques idées qu’il faudrait bien sur développer et analyser plus en profondeur.

  7. Cwalther (Un Vert) Says:

    Si je puis rappeler un argument Vert, le voici:
    « La mobilité à un coût. »

    Je ne veux pas parler du financement de TP gratuits mais simplement rappeler quels sont les buts de la maîtrise de la mobilité. Les TP servent à diminuer l’impact de cette nécessaire mobilité. Le but est le transfert modal et pas une augmentation de la mobilité. Or, c’est un risque de la gratuité

    Je crois moi aussi qu’il est possible et souhaitable d’abaisser le prix des déplacement en TP, surtout par rapport au prix des déplacement en transports privés. Mais est-ce que cela justifie la gratuité? Je n’en suis pas convaincu. Notamment parce que cela n’incite justement pas à se poser la question de la mobilité et donc à limiter ses déplacements motorisés.

    Plutôt que la gratuité des TP je privilégie deux choses: la qualité des TP (surtout au niveau des cadences) et un aménagement du territoire moderne. L’aménagement du territoire est une des clés à ce problème. Il faut construire au bon endroit, c’est-à-dire groupé autour des centres de vie et des TP et pas construire partout des villas (Montreux et La Tour peuvent faire mieux…).

    Comme d’autres Verts, je ne suis pas formellement opposé à la gratuité mais ce n’est pas encore une priorité et il faudra s’assurer que cela ne va pas aller à l’encontre de l’augmentation de sa qualité. C’est surtout pour cette raison que les gens prennent peu les TP, pas pour le prix, j’en suis sûr (une preuve: le prix des voitures achetées)

  8. baz Says:

    tout ce qui est une faciliation social est un priori humanitaire, pour certaines choses on votererai a droite et pour d’autres au centre mais la gauche se fout de nous de ne pas se battre pour avoir un plus grans par sociale, sans nos volontés soumis vous n’aurez aucun richesse pour si peu, et autant d’etat pour en depenser les enormes revenus, nos vieux n’ont pas compris, heureusement on les a raisonés pendant la jeunesse que maintenant ils gobent en triste$ raisons , quel dommage de voir ce barque de peteux discourir sur les bienfaits de pas payer quand il s’agit surtout quest ce qu’on pourrait en retirer de tout les bienfaits ou seuls les aisés payeraient , il pourraient etre peu , ou on pourraient profiter d’une entreprise enfin devenu publique a disposition et geré par tous , on a besoin de demenageurs de camioneurs de prf de conduite et eux je suis sur ont besoin de mieux gagner leur vie toute en ayant une stabilité financiere, nos fonctionaires sont de trop, la majorité de gens ne recoivent que la mise a disposition d’une vile froide sterile ou les bistrosts sont remplaces pr des gerances

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