Travailleurs pauvres
Selon Caritas, la Suisse compte aujourd’hui un million de pauvres: une personne sur sept ne peut pas garantir son existence par ses propres moyens. Ce chiffre qui fait frémir, dans un pays aussi riche que la Suisse, inclut une catégorie bien particulière de travailleurs, les « working poors », ou travailleurs (et peut-être plus encore travailleuses) pauvres. Définis comme des « personnes exerçant une activité professionnelle et vivant dans un ménage pauvre », ils sont aujourd’hui entre 200′000 et 300′000. Vivre dans un ménage pauvre signifie disposer d’un revenu, après déduction des cotisations sociales et des impôts, de 2′200.- pour un ménage d’ une personne et de 4′300.- pour une famille avec deux enfants. Rappelons aussi que dans notre pays, 700′000 travailleurs-euses gagnent moins de 4′000.- brut par mois (OFS2004) et que selon Caritas, 30% de la population suisse peut basculer d’une année à l’autre dans la pauvreté. Ce scandale social, laissé dans l’ombre, est accepté dans un pays où Daniel Vasella, CEO de Novartis, gagne 120′000.- par jour. Contre le discours politique et médiatique dominant, il faut insister sur un fait: les travailleurs pauvres ne constituent pas un phénomène « externe » au fonctionnement « normal » des rapports de production capitalistes. Ils ne sont pas plus le signe d’un « dysfonctionnement » passager: la précarité et la pauvreté sont désormais au coeur des relations salariales. Trois facteurs peuvent expliquer l’explosion, en Suisse comme ailleurs, du nombre de travailleurs pauvres depuis au moins 15 ans. En premier lieu, la faiblesse des salaires réels, lesquels ont quasi-stagné alors que la productivité ne cesse d’augmenter. Deuxième facteur: l’austérité budgétaire et la défiscalisation des hauts revenus, qui empêchent la mise en place de politiques publiques à même de contenir ou limiter les phénomènes de pauvreté. Enfin, la dérégulation progressive du marché du travail (flexibilité) qui a amené une précarisation accrue du travail. L’augmentation régulière du nombre de working poors est une illustration de l’affaiblissement du rapport de force entre le travail et le capital, au profit de ce dernier. Il s’inscrit dans une stratégie néolibérale de fragilisation des travailleurs-euses: comment lutter et revendiquer alors qu’on doit survivre en dessous du seuil de pauvreté ? Face à ce fléau, les réponses doivent être collectives! La « marche des précaires » à l’échelle européenne témoigne de cette nécessaire prise de conscience. Outre la mobilisation, la revendication d’un salaire minimum légal doit être affirmée et exigée avec force.
Article paru dans « Résistance » No58, juin 2007
juin 4th, 2007 at 21:44
Il suffirait d’instituer un salaire minimum légal qui garantisse une vie décente à chacun. Il est totalement anormal que l’aide sociale alle à des gens qui travaillent à plein temps, comme c’est parfois le cas.