Un rouge aux TL!

Jeudi, novembre 12th, 2009 @ 07:38 | Politique

Johan Pain est conducteur de bus et président du syndicat SEV-tl, à Lausanne.


Johan, peux-tu nous parler de ton engagement politique?
Je suis d’obédience anarcho-syndicaliste. Pour moi, les luttes syndicales doivent rejoindre les luttes politiques: nous avons besoin, surtout aujourd’hui, de relais qui puissent porter les messages du terrain. C’est le sens de mon engagement à Gauche en mouvement, que j’ai rejoint assez récemment, en 2004.

On connait ton activité auprès des travailleurs: quel regard portes-tu sur le syndicalisme actuel ?
Fondamentalement, le pouvoir est dans la rue. Nous avons en grande partie perdu ce pouvoir aujourd’hui: la grève générale et les blocages ne semblent plus être des armes aux yeux de nombreux dirigeants syndicaux. Pourtant, c’est avec ces outils que nous pouvons imposer nos revendications. Je reproche à l’USS de mener un syndicalisme consensuel, passant parfois du compromis à la compromission. La paix du travail a désarmé les luttes: nous subissons les résultats de soixante ans d’endoctrinement… mais je sens un changement auprès de la base. La paix sociale a été achetée par une situation économique favorable aux travailleurs, notamment sur le plan salarial. Les employeurs ont rompu la paix du travail. Aujourd’hui, tous les acquis sont remis en cause. Tous les secteurs sont touchés: qu’on regarde ce qui se passe à la poste, aux CFF, dans la vente… Face à cela, les travailleurs s’organisent. Le 31 août, nous étions 120 employés des TL à manifester à Saint-François: je n’avais plus vu cela depuis les années 70. La direction a été très surprise, elle n’avait pas prévu pareille mobilisation. Ils craignent une radicalisation.

La section tl du SEV a durci ses revendications?
Oui, et depuis que nous sommes devenu plus combatifs, nous gagnons des membres. Notre syndicat est la section suisse du SEV qui recrute le plus par rapport à sa taille! Face à cela, la direction a manœuvré en mettant sur pied une commission du personnel, qui avait pour but de nous affaiblir. Mais lors des élections, le SEV a placé des membres du comité à la CP, de sorte que la manœuvre a échoué, puisque notre légitimité représentative au sein de l’entreprise a grandi!

On parle beaucoup du M2, du point de vue des usagers. Quel regard le personnel porte-t-il sur le métro ?
J’ai suivi le projet depuis le début. Il y a plusieurs problèmes, et notamment la déshumanisation qu’il entraine. J’ai également été choqué par les propos de Olivier Français peu après le suicide d’un employé dans une station du M2. M. Français a immédiatement déclaré que cela n’était en rien lié avec son travail; de quel droit s’exprime-t-il ainsi, avant même le début de l’enquête ? C’est inadmissible. Il y a aussi les soucis de fiabilité, bien réels. C’est intéressant: les pannes du M2 ne sont jamais annoncées dans les bus, et les chauffeurs ne sont pas informés, de peur que ces annonces ne finissent par rentrer dans la tête des gens. Par contre, lorsqu’il y a une manifestation en ville, chaque bus informe les passagers des « perturbations »…

Propos recueillis par Julien Sansonnens, et parus dans Résistance No. 69, journal du POP & Gauche en mouvement.

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