Vers une union des forces de la gauche combative!

Lundi, mars 3rd, 2008 @ 21:47 | Politique

Le POP vaudois a tenu son congrès cantonal ce samedi à la Croix-sur-Lutry. Outre le renouvèlement d’une part importante des instances du parti, le deuxième temps fort a été le vote par les délégué-e-s d’un amendement proposant d’entamer le processus de rapprochement des forces de la gauche combative, avec comme objectif la création d’un mouvement anticapitaliste unitaire à la gauche de la gauche. Je souhaite apporter quelques commentaires personnels – bien qu’ils réunissent pour la plupart un large consensus au sein du POP – sur cet évènement unique à plus d’un titre.



Besoin d’une vraie gauche combative

Disons-le tout de suite: l’impulsion donnée samedi soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses! Mais au-delà des interrogations légitimes, le message envoyé est un message d’espoir pour toutes celles et ceux qui ressentent le besoin d’une vraie gauche de gauche en Suisse. Une gauche de résistance, qui s’oppose sans compromis au travail de casse des avancées sociales mené par l’UDC xénophobe et ses fidèles alliés radicaux-libéraux-PDC, une gauche qui refuse l’accompagnement social au néolibéralisme et l’écologie déconnectée de toute critique systémique. Mais aussi et surtout une gauche de proposition, qui amène des alternatives à l’économie de marché et au néolibéralisme sans prétendre détenir une vérité seule et unique. Le PS s’est donné un président « de l’aile syndicale », que l’on dit plus combative ? Cela risque bien, malheureusement pour la population, de ne rien changer à la situation d’un parti bien incapable d’apporter les réponses adéquates aux attaques patronales, un parti pris dans une logique de collaboration avec le pouvoir de laquelle il ne peut sortir, un parti ayant accepté l’économie de marché et le néolibéralisme, lesquels entrainent tout dans leur naufrage.

Un nouveau parti pour une nouvelle période historique
Le constat est aujourd’hui largement partagé: assez de querelles de chapelles qui n’ont plus aucun sens pour les gens ! Assez des rancoeurs historiques qui n’intéressent que l’historien ou l’étudiant en science politique ! Devant les attaques toujours plus « décomplexées » de la droite contre les intérêts de l’immense partie de la population, il est plus que temps de proposer autre chose que des luttes fratricides qui n’aboutissent qu’à nous affaiblir! Certes, nous ne sommes pas d’accord sur tout. Chaque formation, en plus de son histoire propre, porte en elle des «manières de faire de la politique» qui ne sont pas identiques. Sur le fond, des divergences existent aussi, même si elles ne doivent pas être exagérées; ainsi au niveau vaudois, la constitution avec solidaritéS du programme commun « A Gauche Toute! » n’a pas donné lieu à des divergences nous empêchant de travailler ensemble. L’optimisme est donc permis, même si les obstacles à l’union existent, et ne doivent pas être sous-estimés. Au sein de ce nouveau mouvement que nous appelons de nos voeux, le droit de tendance doit être reconnu, afin que chaque sensibilité puisse s’exprimer de la manière la plus libre. La culture du dialogue doit prédominer, toujours.

Un mouvement ouvert et antidogmatique
Avant toute chose, ce rassemblement ne devrait pas se situer dans une perspective électoraliste: au-delà de la lutte des partis, c’est bien à la construction d’un véritable mouvement populaire que nous devons oeuvrer. Un mouvement qui rassemble très largement les ouvriers, les intellectuels, la classe moyenne, les retraités, les artisans, les immigrés, les jeunes.. Bref toutes celles et ceux qui constituent l’écrasante majorité de la population, et dont le point commun est de subir jour après jour le capitalisme dans ce qu’il a de plus violent. Hors de tout dogmatisme, loin de toute intellectualisme abstrait, c’est au rassemblement populaire que nous devons appeler, à la fédération de celles et ceux, affiliés ou non à un parti politique, qui n’ont pas perdu l’espoir en un monde plus juste, plus écologique, plus social, plus humain ! Il ne s’agit pas pour nous d’une « simple » fusion avec nos camarades de solidaritéS, ni de réitérer les travers du processus « A Gauche toute! ». Nous devons apprendre de nos erreurs: c’est bien à la construction de quelque chose de nouveau, d’un collectif dont les contours sont encore à imaginer que nous travaillons. Le POP a donné le premier coup de pioche de cet important chantier; pour autant, notre parti ne saurait se poser en contre-maître. C’est d’en bas, de la base, de la population que l’impulsion et les initiatives viendront. Nous refusons la logique des « arrangements de chefs », et ne voulons pas d’un projet imposé d’en-haut. L’amendement voté ce samedi provient d’ailleurs des militant-e-s de la section Jura-Nord vaudois, et n’avait pas été envisagé dans un premier temps par le comité directeur: il faut s’en réjouir ! C’est par le travail local, par l’initiative de personnes provenant d’horizons divers, ensemble au sein de nos quartiers, nos entreprises et nos villes que nous bâtirons ensemble ce nouveau mouvement.

Un processus au niveau suisse

C’est au niveau fédéral que cette nouvelle force devra se construire, sans précipitation, mais sans perdre de temps. A l’étranger, les démarches de rapprochement entre les diverses sensibilités de la gauche combative doivent nous inspirer. Certes, la Suisse n’est ni l’Allemagne, ni le Portugal, ni la France. Mais si les contextes politiques sont différents, le besoin d’un mouvement social de résistance et de proposition est le même. Des succès très réjouissants peuvent déjà être observés: inspirons-nous des méthodes choisies ! Renforçons les liens avec nos amis et camarades romands, alémaniques et tessinois: nos combats sont les mêmes!

Une autre Suisse est possible ! Le chantier est ouvert, et nous avons besoin de bras. A toutes celles et ceux, individus, collectifs, associations, militants expérimentés ou sans expérience politique qui veulent poser avec nous les fondations de ce nouveau « quelque chose », nous disons « bienvenue »! Rejoignez-nous, formons des groupes de travail locaux, réflechissons ensemble et démocratiquement aux contours de ce nouveau mouvement qui suscite l’espoir.

12 Responses to “Vers une union des forces de la gauche combative!”

  1. Sandro Minimo Says:

    Ca sent le Besancenisme…et c’est tant mieux!

  2. Jean-Baptiste Blanc Says:

    Le « Besancenisme » n’était pas à l’esprit des rédacteurs de l’amendement. Mais alors vraiment pas!

  3. James Becht Says:

    cher Julien Sansonnens,

    pour être « ouvert et antidogmatique », pour sortir des « querelles de chapelles », et pour aller à la rencontre de toutes les composantes du peuple, ne conviendrait-il pas déjà de proposer une politique radicalement démocrate qui ne s’encombre pas de la division en droite, gauche et « gauche de la gauche » ?

    cordialement

  4. Jean Christophe Schwaab Says:

    Cher James Brecht,
    La division entre droite, centre et gauche est nécessaire et existera toujours. Comme la distinction entre gauche et extrême-gauche (c’est un socialiste qui parle). Être de droite ou de gauche, c’est avoir une vision différente de la place de l’Etat, de la façon de concevoir l’intérêt général, de lui donner la priorité face aux intérêts particuliers, de répartir les richesses, de concevoir l’économie, etc. Vouloir aller au-delà de ces clivages, comme prétendent pourvoir le faire certains verts qui se disent « ni à gauche, ni à droite » est à mon avis une fiction, voire même une escroquerie. Quel que soit le problème de société auxquels sont confrontés les politiques – et les citoyens, ils y apporteront une réponse différente selon leur positionnement sur l’axe gauche-droite.
    En outre, je ne pense pas qu’une politique qui fasse fi de ces divisions soit plus démocrate. La démocratie, c’est à mon avis justement le fait que l’on puisse confronter plusieurs visions de l’Etat. Même si ce sont en général les positions de la gauche qui sont le plus démocrates, il n’y a à mon avis pas de démocratie sans « affrontement » gauche-droite.

  5. JS Says:

    Oui ! Même si je suis pas convaincu par la différence entre gauche et extrême-gauche…. Ca renvoie à quoi cette diféence selon toi Jean Christophe ? (oops, je sens que j’ouvre la boite de pandore ;)

  6. Jean Christophe Schwaab Says:

    Salut Julien,

    Effectivement, c’est la question qui tue. Et nous verrons si elle ouvre la boîte de Pandore… ;-)

    Au niveau programmatique, il n’y a en effet plus guère de différence entre gauche et gauche de la gauche. Sauf si le POP venait à se revendiquer communiste (à la sauce soviétique), mais ça m’étonnerait. Et de même si le PS tournait blairiste-schröderiste…

    Je vois les différences plutôt au niveau de la méthode et de la volonté de prendre des responsabilité gouvernementales (et de les assumer ensuite !).

    La méthode, j’ai l’impression (mais dis-moi si je me trompe) que la gauche de la gauche est plus encline à faire passer les principes avant l’efficacité, ou avant le moindre mal voire la défense de la démocratie. Exemples : AGT qui refuse de vote Metzler au risque de faire élire Blocher. C’est vrai, Metzler n’était pas vraiment la panacée, mais face à Blocher, à mon avis il n’y avait pas photo. La même chose quand l’extrême gauche française refuse d’appeler à voter Chirac contre Le Pen, ou quand en Italie Rifondazione fait tomber le gouvernement Prodi (qui n’était pas bon, c’est vrai, là encore, mais Berlusconi, c’est indéniablement pire).

    Quant aux responsabilités gouvernementales (et aux compromis qui vont avec si on veut faire passer des projets, donc faire progresser nos idées), c’est vrai qu’il faut savoir où s’arrêter avec les compromis, et le PS n’est pas toujours très bon sur le sujet, je ne peux que le reconnaître. P. ex., Moritz Leuenberger a tout faux sur tous les sujets, je te le concède. En revanche, PYM s’en tire très bien. Comme quoi c’est possible. Il n’en demeure pas moins que l’équation est difficile : rester fidèle à ses principes en tout temps et ne jamais les faire progresser d’un poil (la Suisse reste un pays bourgeois), ou faire quelques compromis, mais qui permettent quelques avancées (p. ex. l’AVS) ? Dilemme…

  7. Sugus Says:

    Hello Julien,
    Hors-sujet :
    Sais-tu si le parti communiste est encore interdit en Suisse?
    Nul n’y pense, mais en théorie, si quelqu’un voulait créer un parti communiste ?

  8. Julien Sansonnens Says:

    Le parti communiste n’est plus interdit en Suisse.
    Le PST est ce qu’il y a de plus proche d’un parti communiste en Suisse
    Il y a aussi les communistes de Genève http://www.lescommunistes.org

  9. Jean-Baptiste Says:

    Si je peux me permettre, Jean-Christophe Schwaab va à mon avis un peu vite dans sa qualification de la « gauche de la gauche ».

    Les communistes ont toujours eux-mêmes été très durs avec ce qu’ils appellent le « gauchisme ». Ils ne se considèrent donc pas d’extrême-gauche, et le POP qui s’inscrit dans la tradition communiste, et « soviétique » (je le dis à dessein), ne se considère pas d’extrême-gauche.

    A mon avis, historiquement, la distinction la plus effective à gauche, est entre sociaux-démocrates et communistes d’un côté, et « gauchisme » de l’autre (donc trotskysme, maoïsme, ultra-gauche, anarchisme, etc.).

    Le contexte politique actuel suisse impose une configuration du système partisan un peu différente, mais pour moi, membre du POP, c’est bien cette distinction là qui m’apparaît la plus juste.

  10. Jean Christophe Schwaab Says:

    Pour répondre à la question de Sugus, il reste un relent d’interdiction du PC dans la législation vaudoise, à l’art. 1 al. 3 de la Loi (de 1938, eh oui) sur les associations illicites (LASSI; http://www.rsv.vd.ch/dire-cocoon/rsv_site/doc.fo.html?docId=5156&docType=loi&Pcurrent_version=3&PetatDoc=vigueur&page_format=A4_3&isRSV=true&isSJL=true&outformat=html&isModifiante=false&with_link=true ), que voici:
    «En conséquence, toute activité, politique ou autre, publique ou privée, est interdite notamment aux associations, organisations et groupements qui sont affiliés directement ou indirectement à l’Internationale communiste, ainsi qu’à toute autre organisation internationale ou étrangère dont l’activité est contraire à l’ordre public, ou qui travaillent dans l’intérêt des organisations précitées»
    Mais bon, cet article ne semble pas avoir appliqué depuis belle lurette.

    Pour revenir sur ce que dit Jean-Baptiste: Je suis d’accord que l’on fasse la différence entre communisme et extrême-gauche. Je pense que le POP aurait avantage à refuser systématiquement de se laisser classifier à l’extrême-gauche, notamment par les médias. Mais que dire de l’alliance – et du futur parti commun– avec SolidariteS, que l’on peut (ou pouvait?) classer dans la mouvance trotzkyste?

  11. Sugus Says:

    Merci pour la réponse :-)

  12. Jean-Baptiste Says:

    Sur le fond de nos positions politiques, nous sommes très proches de solidaritéS. Y compris dans la critique de l’action des Conseillers fédéraux socialistes.

    Mais les vraies différences entre nous et solidaritéS (et historiquement entre les communistes et les « gauchistes) tournent autour de la méthode et de la stratégie. solidaritéS voudrait que le nouveau parti refuse systématiquement tout accord de gouvernement avec le PS et les Verts et à tous les niveaux de pouvoir. Il est clair que le POP ne peut pas se reconnaître dans cette position absurde…

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